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Dans un temps où, abandonné à des praticiens dont l’empirisme re-posait sur la plus aveugle crédulité, l’art vétérinaire offrant peu decharmes aux vocations de la jeunesse, on avait senti le besoin de meil-leures mesures en laveur de la santé des animaux domestiques, partiesi indispensable de l’industrie agricole, on s’occupa d’environner la pro-fession du vétérinaire de la considération qui accompagne le savoir. Pourarriver à ce but, on créa des bourses dans les départements pour l’ad-mission aux Ecoles : bientôt les aspirants à ces nouvelles institutions seprésentant en assez bon nombre, la possibilité du choix assura une partplus large à l’intelligence.
Le préfet de la Seine, qui disposait des bourses de ce département,en donna une au fils aîné de Huzard, qui, sans en rien dire à personne,profita de celte ressource spontanée pour placer le fils d’une veuve devétérinaire à l’Ecole d’Alfort, où, à son insu, il a payé sa pension du-rant les années d’études de ce jeune homme, qui, aujourd’hui, exercel’art vétérinaire avec distinction.
Un jeune parent resté orphelin et sans fortune lui dut aussi entière-ment l’instruction et un emploi de vétérinaire à l’armée d’Espagne , oùil succomba.
Depuis l’enfance, Huzard avait été lié avec un camarade d’étude quiavait su tirer de ses talents un parti honnête et fort avantageux, maisqui n’observait pas dans l’intérieur du ménage cette raisonnable écono-mie que ne devrait jamais perdre de vue un père de famille. L’amitiéavait même souvent murmuré de l’imprévoyance ; la mort frappa l’im-prudent ami. Avec lui cessa le revenu d’un état qui, dans certainesannées , avait dépassé le chiffre de 4o,ooo fr. Au nombre des enfantsplongés avec leur mère dans le dénûment, était un fils en bas âge, sonfilleul; son cœur ne se ferma point au souvenir d’une si longue inti-mité, ni sa bourse à tant d’infortunes. Placé à des écoles préparatoires,puis à celle d’Alfort, aux frais de l’ami de son père, il est aujourd’huien possession de bons moyens d’existence.
Compatissant envers des infortunes irrémédiables, il se roidissaitcontre les indolentes lamentations du découragement et.de la paresse.Aimant le travail avec passion, il s’était habitué à le considérer commela source de tous les biens et le remède à tous les maux. Nous l’avonsentendu répondre un jour à un homme vigoureux qui lui exposait sadétresse : « Vous avez cent francs de rente au bout de chaque doigt, et« vos mains sont, Dieu merci, bien conformées. »