XIV
NOTICE
Dans l’ordre hiérarchique des fonctionnaires des écoles , Iluzard, de-venu inspecteur général, se trouvait plus haut placé que son anciendirecteur, le vénérable Chabert. Iluzard, qui n’avait pour cet habileet vieux profeS'eur que des sentiments de respect et de reconnaissance,prit, à son égard , toutes les précautions possibles pour ne lui laisserentrevoir, dans ses relations fréquentes avec lui, aucune forme , au-cune apparence de supériorité. De plus , Chabert était courbé sous lepoids des années , et encore , bien qu’avant cette époque le directeurd’Alfort eût joui d’un traitement de 20,000 fr., avec voiture et livréedu roi, il avait besoin en ce moment de conserver son emploi. Dans lesdernières années de sa direction , Iluzard allait fréquemment à Alforl,faisait les affaires de la direction, veillait à ce que tout fût en bon ordredans rétablissement, qui, grâce à ces amicales attentions , n’eut pointà s’apercevoir de l’affaiblissement des facultés du vieillard, ainsi préservéde l’amertume, si cruelle à cet âge, d’être remplacé. Le ministre d’alorscomprenait celle délicatesse qui ne laissait rien en souffrance.
Cbanorier, propriétaire de la belle terre de Croissy,près Chatou , sonami et son collègue à la commission d’agriculture , lui écrit, un malin,qu’effrayé de voir ses amis horriblement moissonnés par la faux révo-lutionnaire , et ne pouvant plus longtemps résister à tant d’horreurs, ilpartait pour l’étranger.
Iluzard, dissimulant son absence , se rend à Croissy , prend des me-sures pour la gestion de la propriété , et la conservation du beau trou-peau de mérinos, qui, comme celui de Perpignan , secondait l’entreprisede Rambouillet , pour la propagation des bonnes races ovines : grâce àsa prudence , Croissy fut préservé du pillage.
Au retour de cet exil volontaire , Cbanorier croyait sa propriété dé-vastée , son troupeau anéanti ; quel ne fut pas son bonheur de retrouversa maison telle qu’il l’avait laissée , son troupeau dans le meilleur étatpossible, et ses comptes comme il les eût faits lui-même Iluzard avaitsuppléé à l’absence de son ami.
Dans ce moment de crise et de persécution , Huzard, qui s’était sous-trait à tous les dangers, en ne se montrant accessible qu’aux préoccupa-tions scientifiques, en fermant l’oreille à tout entretien qui ne s’y seraitpas rapporté , rendit des services signalés non-seulement à de nombreuxconcitoyens, mais encore à d’illustres proscrits étrangers Sa bibloithè-que était leur rendez-vous, et la science l’objet de leur fréquentationjournalière. Nous citerons entre autres deux notabilités, l'une d'outre