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voyage et circule dans tou t les membres. 11 disait tout haut ce que d'au-tres n’osaient presque murmurer à l’oreille , et ce que Harvey ne dé-montra que soixante ans plus tard. Le nom de la Reyna n’en sera pasmoins l’éternelle gloire de la médecine vétérinaire et même de l’Es pagne ; de cette Espagne à qui Feijoo reproche de ne pas rendre à seshommes de génie les honneurs qu'elle .en a reçus.
Mais nous voici dans des temps qui touchent au nôtre. Nous entronsdans le siècle de Solleysel, de Garsault, des deux Lafosse, de Yitet, deChabert, de Flandrin , de Bourgelat et de Huzard, son élève et sonami ; car il est des noms qu’on ne doit point tirer de l’oubli où ils sonttombés; de même qu’à l’égard des écuyers célèbres, qui, dès la renais-sance des lettres, firent l’ornement de l’Italie , et qui eurent des rivauxen Angleterre et en France , je n’en dirai qu’un mot : c’est qu’ils furenttous éclipsés par Bourgelat . Cet homme rare, j’ai presque dit cet hommede génie, était né avec une grande variété de talents. Livré aux lettres,il eût brillé parmi les écrivains, personne n’ayant porté plus loin quelui, dans ses ouvrages, celte sorte d’élégance qui tient à la clarté, àl’ordre, à la précision. Ami intime ded’Aleinbert, ilfut en correspondanceavec Voltaire , avec Buffon, avec lord Peinbroke, avec le grand Haller,avec l’illustre Bonnet. Le premier de sa profession, il eut l’honneur desiéger dans l’Académie des sciences ; et, touché de sa juste renommée, legrand Frédéric le fit recevoir dans l’Académie de Berlin . Mais ce genrede gloire lui étant, pour ainsi dire, étranger, Bourgelat chercha la siennedans des entreprises de bien public. Passionné pour le cheval, il con-çut, dans un âge avancé, le hardi projet de créer la médecine de cenoble animal et celle des autres animaux domestiques. Il voulut ensuiteformer en France des écoles où cette médecine serait enseignée danstoutes ses parties. Ami de l’excellent ministre Bertin, il obtint, en 1761,l’établissement d’une première école, dans l’un des faubourgs de Lyon .Presque aussitôt une épizootie éclata. Malgré leur peu d’expérience,les élèves envoyés par Bourgelat sur le théâtre du mal lui décrivirentsi exactement la maladie, et Bourgelat fut si heureux dans le choix desremèdes, que le mal s’évanouit. A ce spectacle, la France et l’Europe s’émurent. Un zèle pour la médecine vétérinaire prit feu partout. LaSuède , le Danemark , la Prusse , l’Autriche , la Suisse , la Sardaigne envoyèrent des élèves se former à l’école de Lyon. L’école devint écoleroyale, et le ministère se crut dans la nécessité d’en élever une secondequi fût à sa portée. Alfort fut choisi; nouvelle école qui fut bientôt