KI.OGE
XXX VI IJ
France, d’Allemagne, de Hollande, de Danemark , et finalement d’An-gleterre. Pour nous en tenir aux seuls chevaux européens qui noustouchent le plus, Huzard fait voir comment, en Suisse , en Hollande, enDanemark , en Prusse et surtout en Angleterre , les chevaux se sou-tiennent et même se perfectionnent ; tandis qu’en Espagne, en Italie ,en France , sous des climats plus faits pour le cheval, les races se sontappauvries et détériorées. C’est ici, messieurs, que je dois vous entre-tenir d’un ouvrage que Huzard fit paraître en l’an x, sous le titreA’Instruction pour Vamélioration des chevaux en France , ouvrage que legouvernement fit imprimer. Là, Huzard met sous vos yeux les princi-pales causes d’une si malheureuse décadence, et là, vous voyez à quelpoint, dans les affaires humaines, le bien et le mal sont étroitementliés. L’ancienne féodalité avait formé, pour la chasse et la guerre, desharas magnifiques. Richelieu abaissa la féodalité, et fit tomber avec elleces haras si utiles. Colbert, sous Louis X 1 Y, s’appliquait à les rétablir;mais il fut traversé par les embarras de la politique, parles malheurs destemps, par les épizooties : les épizooties, au nombre desquelles je rangerailâ guerre, cette honteuse et cruelle maladie de notre espèce. Tant de ca-lamités coûtèrent à la France plus de ioo millions qu’il fallut livrer àl’étranger pour le prix de cinq cent mille chevaux. Où va le sang despeuples! On prétend même que, depuis cette époque, la France a régu-lièrement dépensé pour le même objet près de 3 o millions chaqueannée. Dans le dernier siècle, toutefois, on avait créé des haras ; on lesavait mis sous la conduite d’une administration mobile, ignorante,inappliquée et trompée, comme il arrive presque toujours, par dessubalternes. En 1790, au lieu de découvrir les abus et d’y porter re-mède, au lieu de conserver les précieux restes qu’on avait encore et derenouer sur de meilleurs principes cette œuvre de perfectionnement,on supprima tout. Après cet acte d’étourderie, les étalons les plus rares,les juments pleines, les poulains de la plus belle apparence furent ven-dus, mutilés, dispersés ; presque tout disparut. Enfin la guerre vint,cette guerre, que nous avons vue, et qui mit le comble à la ruine. Uneréquisition violente et rapace arrachait au fermier ses meilleurs che-vaux, dépouillant ainsi le présent et détruisant l’espérance de l’avenir.Tremblant pour sa propre vie, le possesseur de quelques animaux dechoix avait hâte de s’en défaire à vil prix, et n’avait plus pour cultiverses terres que des animaux de rebut, dont il était contraint de tirer, pardes alliances prématurées, une progéniture sans vigueur cl sans beauté.