P R E L I M I N A IRE. Partie I. viirer k la guerre, parce que le reste du peuple n’est qu’une multi-tude timide & amollie. 11 remarquera, en passant, qu’on a Faitquelques progrès fur la tactique, & fur quelques autres bran-ches de Part militaire; il admirera quelques morceaux de dé-tail dans nos constitutions, le génie du roi de Prusse, l’essormomentané qu’il a donné à fa nation; mais il fe demandera,où est une milice constituée fur des principes solides ? Où estun peuple guerrier , ennemi du luxe , ami des travaux , &porté à la gloire par fes loix ?
N’attribuons en effet qu’en partie à la vigilance actuelle detous les peuples fur les démarches de leurs voisins, à la cor-respondance de toutes les cours, au système d’équilibre établien Europe , Pimpoiîìbilité où font les nations de s’étendre& de conquérir. Elle provient bien plutôt de ce qu’aucune deces nations n’est décifivement supérieure aux autres , par íesmœurs & fa constitution; de ce qu’elles font toutes contenuesdans leur fphere, par la foiblesse & la ressemblance de leursgouvernemens.
Que peut-il résulter aujourd’hui de nos guerres ? Les étatsn’ont ni trésors, ni excédent de population. Leurs dépensesde paix font déja au-dessus de leurs recettes. Cependant onfe déclare la guerre. On entre en campagne avec des arméesqu’on ne peut ni recruter, ni payer. Vainqueur, ou vaincu,on s’épuife à-peu-près également. La masse des dettes nation-nales s’accroît. Le crédit baisse. L’argent manque. Les flottesne trouvent plus de matelots , ni les armées de soldats. Lesministres, de part & d’autre, sentent qu’il est temps de négo-cier. La paix íè fait. Quelques colonies ou provinces chan-gent de maître. Souvent la source des querelles n’est pas fer-mée, & chacun reste assis fur fes débris, occupé à payer ses det-tes, & à aiguiser fes armes.
Mais supposons qu’il s’élevât en Europe, un peuple, vigou-reux de génie, de moyens, & de gouvernement; un peuple,qui joignît à des vertus austères, oc à une milice nationnale,un plan fixe d’aggrandissement, qui ne perdît pas de vue cesystème, qui sachant faire la guerre à peu de frais, & subsi-ster par fes victoires, ne fût pas réduit à poser les armes, pardes calculs de finance. On verroit ce peuple subjuguer fes voi-sins, & renverser nos foibles constitutions, comme l’aqudonplie de frêles roseaux.