xxviiï DISCOURS
riers par leurs divisions intestines, par Pambition de leurs gon-vernemens , par le besoin d’opposer du courage & des princi-pes aux invasions des Perses. Les Romains s’étoient de-mêmeformés en défendant leurs foyers , en attaquant leurs voisins,voisins quelquefois, comme les Samnites, pauvres & redouta-bles ; en combattant fur-tout de grands hommes, Annibal &Pyrrhus , qui les instruisirent à force de les vaincre. Mais,quand Rome régna paisiblement sur Punivers, quand elle n’eutplus d’ennemis que ses richesses & ses vices, la discipline dé-généra y Part militaire ne fut plus qu’une étude de théorie &de spéculation , abandonnée à quelques légionnaires obscurs &méprisés. Les Parthes, les Gaulois, les Germains attaquoientde toutes parts les frontières dePempire. Les légions , jusqu’a-lors invincibles , étoient souvent vaincues. Mais ces guerreslointaines n’allarmoient pas encore PItalie. Les empereurs, assfoupis fur leur trône , portoient à peine leurs regards aux ex-trémités de Pempire. Ils ne voyoient pas Pabatardissement deleur milice , & le précipice qui se creusoit sous leur grandeur..
Veípasien , Titus , Trajan , & quelques autres princes re-médièrent passagèrement à ces maux. Us rétablirent la disciplinedans les troupes ; ils tirent la guerre eux-mêmes, & ils la fi-rent avec succès. Mais à ces grands hommes íùccédoient desPrinces foibles, ou des tyrans. Les ressorts du gouvernementlè reláchoient de nouveau , les plaies politiques devenoient plusprofondes & plus incurables. Les légions vendoient Pempire,au lieu de le défendre. Rome ne put survivre à tant de corrup-tion. Des essains de Goths , de Iiuns , de Vandales attaquè-rent Pempire ; ils vinrent avec le nombre & le courage ; & onne leur opposa , ni le courage qui supplée quelquefois à la dis-cipline , ni la discipline qui peut suppléer au courage. L’em-pire ne sut plus , pendant un siecle & demi , qu’un colosse-languissant & abattu , dont chacun s’arracha les dépouilles ; &.ce qiPil y eut de remarquable , c’eíl que ces Romains avilis ap-pelloient barbares,, les peuples qui les subjuguoient : étrangeaveuglément d’une nation qui n’avoit conservé que Porgueilde ses ayeux , & q.ui faisoit consister sa grandeur dans son luxe& ses théâtres !
11 ne resta plus bientôt à Punivers, que le souvenir de cettepuissance qui Pavoit enchaîné. Les papes s’afiirent fur le trône