PRELIMINAIRE Partie II. xxixde Rome ; les Turcs fur celui de Constantinople. L’art mili-taire , déja presque ignoré dans la décadence du bas-empire ,fe perdit entièrement fous ses ruines, & ne reparut en Europeque trois ou quatre siécles après. Pendant tout cet intervalle ,& pendant les siécles qui le précédèrent, l’Europe fut fans ta-ctique , fans discipline , & presque sans troupes réglées. L’a-narchie des gouvernemens, la tyrannie des seigneurs féodaux,l’ignorance générale, l’oppreslion spirituelle qu’exerçoit le cler-gé, empêchoient les arts de renaître. Tous les livres des an-ciens étoient entre les mains des prêtres ; & ces prêtres avoientintérêt de maintenir l’Europe dans les ténèbres. Elles faisoientleur grandeur.
Qu’offre à nos yeux l’histoire des premiers siécles de notremonarchie, & de tous les états actuels ? Des émigrations deGoths, battues par Clovis, oti par Mérouée , qui alloient au-devant d’elles avec des laboureurs rassemblés pour quinze joursfeulement, des Germains & des Saxons subjugués par Charle-magne, parce qu’il étoit plus brave & plus puissant qu’eux ;les incursions des Normans, héritiers du courage & de Indis-cipline des Vandales leurs ayeux; par-tout des armées fans or-dre & fans science ; des batailles gagnées par le hasard, oupar la valeur, & jamais par la discipline ; des conquêtes rapi-des comme des torrens, & fur-tout dévastatrices , comme eux.Un prince qui auroit paru alors avec du génie & de bonnes trou-pes , auroit soumis l’Europe. On n’a qu’à voir ce que sit Gu-stave avec vingt-cinq mille Suédois, dans un temps où elle en-trevoyoit déja le crépuscule de la renaissance des arts.
La découverte de la poudre ne perfectionna pas l’art militaire.Elle ne fit que fournir de nouveaux moyens de destruction , &porter le dernier coup à la chevalerie : institution que nos sié-cles de lumière doivent envier à ces temps d’ignorance ! Les ar-mes à feu retardèrent même vraisemblablement le progrès de latactique ; parce qu’alors les armées Rapprochèrent moins , &qu’il entra encore plus de hasard & moins de combinaisons dansles batailles.
Gustave & Nassau parurent enfin. L’un combattoít pour laliberté de son pays , l’autre pour l’amour de la gloire. Tous deuxétudièrent l’antiquité. Tous deux chercherent, dans lés débrisdes siécles, les vestiges épars de la tactique & de la discipline.