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Tome premier.
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XXXVIII
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xxxvïii DISCOURS

ces, fi on dépouilloit leur théorie des erreurs qui les surchar-gent , des fausses méthodes qui les compliquent. Alorsles hom-mes arrivant plus promptement & en plus grand nombre au faîtede ces sciences, ils pourroient en reculer les bornes ; alors labrièveté de leur vie ne les empêcheroit plus d’en embrasser plu-sieurs à la fois, & de les étendre les unes parles autres. Alorsl’encyclopédie des connoissances humaines, devenue un assem-blage de vérités, s’éléveroit & s’affermiroit au milieu des íìecles;semblable à un arbre vigoureux qui n’a aucune brandie inutile ,aucune qui lui nuise , & qui détendant &paroissant se fortifiersur sa base à mesure qu’il vieillit, répand sombre & les fruitsfur ses heureux cultivateurs.

Mais pour achever le parallèle de fart militaire cher les an-ciens , avec ce qu’il est de nos jours, il y a des objets bien im-portuns , qui font à fart militaire ce que les fondemens font àun édifice , & fur lesquels les Grecs & les Romains nous étoientfort supérieurs. Ce font les moyens continuels dont'se servoientleurs gouvernemens, pour former des citoyens , des soldats ,des généraux. C’est la bonté de leur milice , la vigueur de leurdiscipline , f éducation guerriere de leur jeunesse , fespece deleurs peines & de leurs récompenses ; c’eít ce rapport impor-tant qui lioit leurs constitutions militaires à leurs constitutionspolitiques.

Aucun de ces objets ne semble intéresser les gouvernemensmodernes. II n’y en a point qui ait calculé le nombre &la con-stitution de ses troupes, fur la population de ses états , fur lapolitique , fur le génie national. II n’y en a point où la profes-sion de soldat soit honorée ; où la jeunesse reçoive une éduca-tion guerriere ; où les loix inspirent le courage , & flétrissentla molesse ; où la nation , en un mot, soit préparée par sesmœurs & ses préjugés à former une milice vigoureuse. Dans cetétat même que nous appelions militaire , parce que son roi estun guerrier habile ; dans cet état qui s’est aggrandi par les ar-mes , qui n’existe & ne peut se flatter de conserver ses con-quêtes, que par elles, les troupes n’y font pas plus vigoureu-sement constituées qu’ailleurs ; elles n’y font point citoyennes;elles y sont, plus qu’en ancun autre pays , un assemblage destipendiasses, de vagabonds , d’étrangers, que f inconstance oula nécessité amene fous les drapeaux, & que la discipline y re-