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Tome premier.
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XLII
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xlii DISCOURS

sciences se perfectionnent, celle de la guerre reste dans fen-sance, c’est la faute des gouvernemens qui n’y attachent pas as-fez d’importance ; qui n’en font pas un objet d’éducation pu-blique; qui ne dirigent pas , vers cette profession, les hom-mes de génie ; qui leur laissent entrevoir plus de gloire & d'a-vantages dans des sciences frivoles ou moins utiles ; qui ren-dent la carrière des armes une carrière ingrate dans laquelleles talens font devancés par l’intrigue, & les prix distribués parla fortune.

Si enfin un peuple s’amollit, fe corrompt, dédaigne la pro-fession des armes, perd toute l’habitude des travaux qui y pré-parent ; íi une nation étant dégradée à ce point , le nom dePatrie n’y est plus qu’un mot vuide de sens ; si ses défenseursne sont plus que des mercénaires , avilis, misérables, mal-con-stitués, indifférens ail succès, ou aux revers (c’estpar ces vicesde mœurs & de constitution, qu’ont déchu toutes les milicesanciennes, & que pèchent toutes nos milices modernes.) C’estencore la faute du gouvernement : car le gouvernement doitveiller fur les mœurs, fur les opinions, fur les préjugés, fur lescourages. Avec la vertu, l’exemple, l’honneur, le châtiment,il peut être plus puissant que le luxe , que les abus, que les vi-ces, que les passions, que la corruption la plus invétérée. Avecces mêmes lumières qu’on croit la source de la décadence desempires, qu’il éclaire la nation fur le précipice où elle fe jette ,qu’il fe mette à fa tête, il l’erítraînera : elle le suivra avec d’au-cant plus de soumission, queplus instruite , elle sentira mieux lebien qu’on lui prépare , le mal auquel on l’arrache, & la pros-périté vers laquelle on veut la conduire. En général les gou-vernemens des grands peuples font bien loin de faire & de con-noître seulement tout ce qui est en leur pouvoir. Ilsne sententpas assez l’étendue de leurs ressources : ils fe laissent découragerpar le nombre & f ancienneté des abus : ils n’osent porter ni lefer, ni les remedes , aux plaies qui les dévorent : ils s’agitentíàns succès, comme des mourans, dans les convulsions de l'a-gonie. Ne nous lassons donc pas de leur répéter que, si leursvices sont fans nombre, leurs moyens font immenses ; qu’ilsn’ont qu’k perfectionner leur constitution, devenir justes, éclai-rés, nerveux , qu’alorsils relèveront bientôt les états; que, siîes vices corrompent rapidement, les vertus peuvent régéné-