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Tome premier.
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8 ESSAI GENERAL DE TACTIQUE,

scrvé ses armes défensives, faisoit usage du feu , combattait fur troisrangs, en masse , & au trot ; la nôtre feule étoit nue , armée d’épées ,formée fur deux rangs, Lc alloit à la charge , à toutes jambes, 6c lansordre. Les Anglois n’avoient point de tactique , rarement de grandsgénéraux ; mais un ordre , qui tient à la trempe de leurs armes -, uncourage peu capable d’offensive, mais difficile k faire reculer -, ils at-tendoient , dit un historien, en parlant'des journées de Verneuil, deCrecy , d’Azincourt, que Pignorance & l’impétuosité Françoise vinssentfe briser contre leur sang froid Sc leurs palissades. II est intéressant, pourla philosophie, de reparquer combien le caractère des nations fe re-trouvoit ainsi dans leur milice, Sc par quelle révolution, il est devenumoins sensible Sc moins marqué dans les milices actuelles.

Maintenant tous les peuples de l’Europe étant , en quelque forte,mêlés Sc confondus par la similitude des principes de leurs gouverne-mens , par celle de leurs mœurs, par la politique , par les voyages ,par les lettres j les préjugés nationaux , qui les séparaient autrefois ,n’existent plus. Avec ces préjugés , s’effacent insensiblement ces traitscaractéristiques, qui étoient imprimes fur chacun d’eux ; ces traits,dansj lesquels consiste le génie national , Sc qui font autant l’effet desmœurs Sc des gouvernemens , que du physique Sc du climat.

Aujourd’hui donc toutes les nations de P Europe fe modèlent les unesfur les autres. Mais c’est dans les constitutions Sc les méthodes mili-taires que cette imitation est la plus marquée Sc 1a plus générale. Toutesles troupes de cette partie du monde , si j'en excepte les Turcs queleurs préjugés Sc leur religion en séparent, ont les mêmes armes Sc lamême ordonnance : les mêmes armes , soit parce que le même dégréd'entendement Sc de lumières les éclairant presque toutes, elles ont sentila supériorité des armes à feu , fur les armes de jet des anciens ; soitqu’étant toutes devenues molles , oisives , mal-adroitcs, inexpertes auxexercices de corps , elles ont dû préférer de concert une arme quin’exige ni courage , ni force , ni adresse : la même ordonnance , parcequ’ainsi que je l’ai observé ci-dessus, c’est toujours l’efpece des armesqui détermine P ordonnance des troupes.

Aujourd’hui toutes les troupes de P Europe ont, à quelques légeres dif-férences près , les mêmes constitutions, c’est-à-dire, aes constitutions im-parfaites, mal calculées fur leurs moyens, Lcdont ni l’honneur ni le patrio-tisme ne font la base. Toutes les armées font composées de la_portion lapins vile 6c 1a plus misérable des citoyens, d’étrangers, de vagabonds,d’hommes qui, pour le plus léger motif d’intévêt 6c de mécontentement,font prêts à quitter leurs drapeaux. Ce font les armées des gouvernemens,6c non celles des nations. On ne peut excepter de ce nombre, qu’unepartie des troupes de Suede, (a) les milices de Suisse , 6c celles d’Angle-terre. Car pour les troupes réglées de cette derniere nation , toute répu-blicaine ,

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( zj ) Cette partie est ce qu'on appelle en Suede : les régiment nationaux. Ils fontpayés en fonds de terre, fur lesquels ils habitent,