INTRODUCTION. % 9
blicaine, toute libre qu’elle se vante d’être, comme c’est 1a Cour quidispose des emplois & des récompenses, on l’a vue, plus d’une fois, seservir de ces troupes contre le peuple Lc contre ses franchises.
La maniéré, dont les anciens sailoient la guerre, étoit, il saut en con-venir, plus propre à rendre les nations braves 6c belliqueuses. Un peuple,battu à la guerre, éprouvoit les dernieres miscres. Souvent on tuoit lesvaincus, ou on les traînoit en esclavage. La crainte de ce traitement, fai-sant une forte impression sur les esprits, devoit nécessairement porter lespeuples à s’occuper de discipline Lc d’cxercices militaires. Elle devoit ren-dre la guerre la première Lc la plus utile de toutes Us professions. Aujour-d’hui toute l'Europe ess civilisée; les guerres font devenues moins cruel-les ; hors des combats, on ne répand plus de sang -, on respecte les prison-niers; on ne détruit plus les villes; on ne ravage plus les campagnes; lespeuples vaincus ne lont exposés qu’à quelques contributions, souventmoins fortes que les impôts qu’ils payoient à leur souverain. Conservés parle conquérant, leur fort n’empire pas. Tous les états de l'Europe se gou-vernent, à peu près, par les mêmes loix, Lc par les mêmes principes. De-là nécessairement les nations prennent moins d’intérêt auxguerres; la que-relle, qui s’agite, n’est pas la leur; elles ne la regardent que comme celledu gouvernement : de-là le soutien de cette querelle abandonné à des mer-cenaires ; r état militaire regardé comme un ordre onéreux , Lc qui nedoit pas se compter parmi les autres ordres des citoyens : de-là íur-toutl’extinction du patriotisme, Lc le relâchement épidémique des courages.La moitié de l’Europe est habitée par des artistes, des rentiers, la plupartcélibataires, gens qu’aucun lien n’attache au fol fur lequel ils vivent,Lc qui affichent hautement cette maxime dangereuse : uíi benè , ìbi puîrìa.,, La peste est en Provence. Eh, bien, disent ces cosmopolites, j'irai ha-„ biter la Normandie. La guerre menace la Flandre; j’abandonne cette„ frontière à qui voudra la défendre, Lc je Vais chercher la paix dans les,, provinces éloignées. Je porte avec moi mon existence, mon art, ma„ fortune : par-tout la terre nourrit, Lc le soleil éclaire. "
Ainíì, tandis que les arts Sc les lettres ont poli les nations, éclairé lesesprits, rendu les moeurs plus douces, les gouvernemens n'ont pas su em-pêcher que les vices des hommes ne tournassent en poisons une partie deces remedes salutaires. C’étoit du progrès des connoissancc-s elles-mêmes,qu’ils dévoient tirer des moyens de rendre les peuples plus forts Lc plusheureux. II íalloit veiller à ce qu’elles ne se portassent que fur les objetsutiles ; à ce qu’elles n’attaquassent point les préjugés nécessaires. II faïloitsoutenir ces préjugés par toutes les ressources de la législation. En vainnos vices eussent tenté de détruire les vertus nationales. Le cri de la na-ture, l’amour propre , les récompenses, l’honneur, la honte, les peines,Lc sur-tout l’amour qu’inspireun bon gouvernement, l’auroient hautementemporté sur eux. Le patriotisme eût repris des forces. II eût été,non ce fanatisme .funeste que nous admirons trop chez les anciens ; maiscet assentiment réfléchi de reconnoissance Lc de tendresse , qu’une familleTome /. B