DE T A C T I Q_U E. Partie L im-
pliquées ; nos méthodes d’instruction mal entendues j notre prétentionde précision Lc de perfection , sur beaucoup de points, minutieuse ôcridicule. Je répondrai que la preuve, que nos íoldats ne font pas assezoccupés , c’est que , pour remplir , dit-on , leur tems , on les surchargede réglés de discipline inquiétantes 6c odieuses. C’est qu’on a créé unetenue qui leur fliit passer trois heures par jour à leur toilette , quicn fait des perruquiers , des polisseurs, des vernisseurs , tout, en unmot, hormis des gens de guerre (a). Et que réfulte-t-il de cette viefainéante 6c pourtant pénible , de ces travaux qui se font la plupartastis 6c à sombre ? C’est qu’un soldat, qui a servi dix ans, ayant per-du toute souplesse, toute aptitude aux travaux du corps, est contraintde se faire artiste , laquais, ou mendiant. Qu’arriveroit-il de l’échangede ces occupations frivoles en travaux durs 6c pénibles ? C’est qu’un la-boureur seroit plus propre à être soldat ; c’est qu’un soldat, quittant sestravaux , reprendroit fans peine la bcche 6c la charrue.
Mais pour terminer cet important chapitre , en vain formera-t-on dessoldats , des soldats endurcis 6c guerriers , comme les anciens légionnaires,
(a) C’est l’excès de la tenue que j’attaque, & non la tenue en ellc-même. Portée jus-qu’à un certain point , elle est nécestaire; elle est une preuve de discipline ; elle contri-bue à la santé du soldat; elle l'éleve an dessus du peuple ; elle le met dans la dalle d.scitoyens aisés Sc heureux : ellj; n’étoit pas négligée chez les Romains, elle se portoitparticulièrement sur leurs armes ; mais dle ne les amollissoit pas ; elle ne les empêchoitpas de s’occuper de travaux durs & pénibles. Ces derniers fail'oient la base & l’objetprincipal de leur éducation. Une armée Romaine essuie des revers en Espagne. On en-voie Caton , pour la commander. 11 la trouve répandue dans des quartiers , indisci-plinée, amollie , chargée d'or & de honte. Les soldats étoient parés comme des fem-mes , ils prenoient des bains parfumés. Caton les fait camper , les exerce , les tientfans cesse en mouvement , les accable de travaux. „ Romains indignes , leur disoit-il,„ jui'qu’à ce que vous lâchiez vous laver dans le sang , je vous laverai dans la boue."11 leur fit désirer les combats, Sc on juge bien qu’ils les gagnèrent. Au reste cette ma-nie de tenue , contre laquelle je m’élcve avec force , parce qu’elle dégoûte le soldat,parce qu’elle ramollit ; parce qu’elle absorbe un tems qui pouvoir être plus utilementemployé , étoit peut-être inévitable dans un renouvellement de constitution. 11 étoitpresque impossible que , de l’extrême négligence , on ne passât point à l’extrême re-cherche. On est tombé dans le même inconvénient par rapport à nos méthodes de dis-cipline , aux exercices de fusils, aux évolutions, aux écoles d’équitation. Nos têtes fontft légeres ; elles fermentent avec tant d’activité ! Trop de récompenses, mal à proposdistribuées aux officiers qui ont montré du zele , dans rétablissement du nouveau sy-stème ; de grandes fortunes faites par ces petits moyens, ont achevé d’emporter laplûpart des inspecteurs, Sc des chefs de corps au-dela du but. II est malheun.-ut.mentdes points importans dont on ne s’est point occupé. On n’a point formé d’officiets gé-néraux. On n’a point songé à la grande tactique, a l’organisation des armées , aux gran-des parties de la guerre. La guerre arrivera. On éprouvera des malheurs. On les rejet-tera fur la constitution. On ne manquera pas de dire qu’il ne falloit point faire de chan-gement;' que ce font les changemens qui ont tout perdu; que tout alloit bien aupara-vant ; qu’on battoir les ennemis. Alors s’éleveront de toute part les mécontens, lesenvieux , les faiseurs de système , les anciens officiers opiniâtres dans leur routine : onrenversera tout ; on retombera dans le relâchement ; Sc ce relâchement fera d’autantplus grand , que l’excès contraire aura été porté plus loi» : car tel est le malheur de pres-que toutes les administrations, Sc de celle de France sur-tout, quelles embrassent tropíonvent des systèmes exclusifs : quelles négligent les objets, ou qu’elles s’en occupenttrop , tour à tour ; qu’enfin elles se balancent sans cesse d’un excès à l’excès opposé.
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