z8 ESSAI GENERAL
tails intérieurs dc leurs écoles de tactique. On ne peut douter feulementqu’elle ne fût assujettie à une mesure uniforme 8c cadencée. Les Grecs,ce peuple si ingénieux , si méthodique , si musicien , si nécessairementattaché , par son ordonnance , à l’exacte observation des rangs Sc des fi-les , connurent presque de tout tems la mesure cadencée du pas. Ho-mère , ce chantre de la Grece héroïque Sc fabuleuse , nous apprend quec’ctoit-là ce qui rendoit leur marche si imposante Sc si majestueuie *tandis que celle des Troyens Sc des autres peuples Asiatiques étoit bruyan-te , inégale , semblable , dit-il, aux vagues de la mer en courroux. IIfembloit au contraire , ajoute-t-il en parlant des Grecs , que Jupiter ré-glât leurs pas Sc leur eût ôté l’ufage de la parole. Les Romains adop-tèrent l’ufage de cette marche cadencée , veìoce , se d œquopede , dit Ti-te-Live , en parlant des légions allant à la charge. Mais quel étoit le mé-chanifme , la mesiire Sc la vitesse de leur pas ? Voilà ce que nous igno-rons. II en est de-même dc bien des arts , que nous ne pouvons douterque les anciens n’aient connus, Sc dont les principes ont péri faute dessecours de l'imprimerie.
C’est de notre tems que l’ufage de cette marche cadencée a été réta-blie en Europe , on pourroit dire découverte , tznt il y avoit de siéclesqu’clle étoit oubliée. Le maréchal de Saxe la regardoit comme une chosebien intéressante, Sc qui devoir faire époque, pour 1-a perfection de la tacti-
3 ue. Ce grand homme fembloit'deviner les révolutions qui alloient fe faireans les principes de cette science. II prévoyoit même que cette révo-lution porteroit fur les marches Sc fur la formation des ordres de bataille,quand il écrivoit : (a) 'Tout le secret de la Tactique es dans les jambes.
II faut considérer la marche fous deux points de vue ; celui de ma-nœuvrer , Sc celui de faire route. Je vais traiter successivement chacunde ces objets. La premiere forte de marche, exigeant de la précisionSc de l’cnfemble , veut être enseignée méthodiquement ; elle oblige àdifférentes fortes de pas qui soient assujetties à une uniformité de mécha-nifrne , d’étendue, d’accord Sc dc vitesse. La seconde, rendant Thommeà là liberté , n’a besoin d’aucune de ces réglés.
Je diviserai encore la marche de manœuvre en deux parties ; l’une aurapour objet de mouvoir les troupes en bataille , l’autre de mouvoir lestroupes pour arriver à l’exécution de toutes fortes dévolutions.
J'ai dit que la marche de manœuvre exigeoit qu’on enseignât au soldatdifférentes fortes de pas. En effet les mouvemens des troupes pouvant êtrefaits avec plus ou moins dc précision Sc de vitesse , ce n’est que par lésdifférentes íortes de pas qu’on peut y parvenir. L’essentiel est que tousces pas , différons de meíure Sc de vitesse, aient tous le même mèchanif-me. Je divise donc le pas en pas ordinaire , pas doublé , pas triplé oude course. J'indiquerai ci-apres les différences Sc l’objet de chacunde ces pas. '
( 4 ) Dans ses rêveries.