DE T A C T 1 Q^U E. Partie I. y;
Tine faut pas manoeuvrer devant fennemi . Je vais analyser cette espcced’axiome, 8c chercher ce qu’il renferme d’erreurs 8c de vérités.
Toute évolution fous le feu 8c fous un feu vif de l’ennemi, est im-possible à tenter avec des troupes qui ne font point aguerries, 8c délicateavec des troupes qui le font; fur-tout st l’ennemi est assez, à portée pourarriver fur elles avant la fin de leur mouvement.
Aucune évolution, quelle qu’ellefoit, n'est impossible 8c imprudenteen présence de l’ennemi, si on peut l’exccuter avant qu’il puisse la tra-verser > si, ayant de bonnes troupes,on en a un assez grand nombre défor-mées , pour résistera fespremiers efforts, 8c couvrir la fin du mouvement.
C’eír de l’efpcce des troupes que dépend presque toujours la possibi-lité ou ^impossibilité d’un mouvement. Sont-elles mauvaises, par défautde nerf ou de discipline ? II ne faut attendre d’ellcs qu’un combat plus oumoins mou, de pied ferme, ou dans des postes. Sont-elles braves 8c ma-nœuvrieres ? On peut tenter beaucoup, parce qu’on peut calculer la ma-nière dont elles íçauront fe mouvoir, 8c quel fera le résultat de leursmouvemens.
Soit l’ennemi en bataille à six cens pas de moi, j'oserai me déployerêc exécuter devant lui telle évolution que je voudrai, quand j’aurai sup-puté que cette évolution sera finie 8c que je serai en état de le recevoir,avant qu’ébranlé dès le premier instant de mon mouvement, pour en pro-fiter, il ne puisse avoir parcouru les six cens pas qui nous séparent. J'ose-rai me déployer devant lui, si ayant à me mettre en bataille fur deux li-gnes, je íuppute que ma premiere ligne sera formée 8c en état de com-battre quand il arrivera fur elle, 8c qu’au moyen de cela , il donnera àma seconde le temps d 'arriver Lc de se former à son appui.
II n’y a donc pas dévolution -proprement dangereuse en elle-mêmc.Tout dépend de la circonstance a laquelle on rapplique, 8c cet à-pro-pos confisse dans la combinaison la plus précise 8c la plus sûre du tempsqu’on emploiera à faire son mouvement avec celui qu’emploiera l’enncm-pour venir le troubler : combinaison fur laquelle ón ne peut être parfaittement affermi que par l’habitudc de remuer des troupes des deux armes,dans toutes fortes de terreins, 8c fur-tout à la guerre qui produit biend’autres circonítanes que les exercices de paix.
De ce que j’ai dit ci-dessus qu’il n’y avoit point dévolution dangereuseen elle-même , il ne s’enfuit pas qu’il soit indifférent d’employer uneévolution combinée de telle ou telle maniéré. On doit fe rappelles quej’ai posé pour principe que la simplicité 8c la célérité étoient les caractè-res distinctifs de la bonté d’une évolution.
Toutes les évolutions nécessaires à l’infanteric fe réduisent, selon moi, àfçavoir doubler ses rangs, faire des mouvemens de conversion , fe for-mer en colonne 8c fe mettre en bataille. Je vais traiter chacune de cesévolutions par ordre , 8c montrer combien elles font simples 8c faciles.