D E T A,C T J Q_U E. Partie I. m
cette instruction ; mais de quelle espece d’équitation parlez-vous ? Si c’estde cet art qui, à force de vouloir rendre un cheval agréable Sc souple,lui fait la bouche délicate, les aides fines, 8c les jarrets tremblans; si c’estde cet art, par le moyen duquel vos jeunes gens , placés de très-bonnegrâce, ne lçavent pas au bout de deux ans maîtriser un cheval, gardez cesleçons pour les maneges, elles ne conviennent ni à l’efpece de nos cava-liers, ni à celle de leurs chevaux, ni au temps qu’on peut employer à leuréducation j gardcz-les à plus forte raison, u vous n’etes pas d’accord furvos principes; fi chacun de vous veut asseoir le cavalier Sc mener le che-val à fa maniéré, en soutenant cependant que fes principes font les meil-leurs; car je ne puis croire que ce soit d’une main, d’une jambe placéede telle ou telle taçon, que dépende entièrement la conduite du cheval.Vous croyez l’équitation très-perfectionnée en France, vous la croyezfondée fur des principes certains; je ne vois pas qu’en France les écuyerssoient plus hardis Sc plus adroits, je n’y vois pas leurs chevaux fe remueravec plus d’aifance Sc fe fatiguer moins. Votre prétendue bonne grâce estaffaire d’opinion. Quatre nulle ans avant vous, on montoit à cheval avecdes principes dissérens. Les Scythes,les anciens Numides, les Maures d’au-jourd’lmi, les Turcs actuels, tous ces peu pies que la nature a fait cavaliers ennaissant, font astis fur leurs chevaux Sc les manient autrement que nous.
Quelques-unes de ces nations ne connoissent pas Tissage de la bride Scdes siamois ; encore aujourd’hui la cavalerie de Maroc Sc d’Alger a desselles plus courtes Sc plus légeres que les nôtres ; des étriers tres -largesSc très-courts ; elle galope ïe haut du corps en avant , les genoux re-levés , les jambes raccrochées, de maniéré que le talon appuie légère-ment au flanc du cheval. Voyez les Anglois qui cependant ont les meil-leurs chevaux , Sc les plus hardis piqueurs de T Europe , les Espagnolsqui ont les chevaux les plus fins, la cavalerie Prussienne qui, pour n’ô-tre pas la meilleure de l’Europe , est cependant la feule qui soit ma-noeuvriere ; ces peuples n’ont ni votre assiette , ni vos principes. Tousfont feulement d’accord fur un point dont vous ne convenez pas, c’estqu’il faut étriver tròs-court Sc mener dans un escadron les chevaux parla rudesse Sc par la vigueur , plutôt que par art Sc par principes. Enfin,messieurs, conclueroit la raison , vous n’avez pas depuis six ans achevéT éducation d’un régiment entier. La moitié de la cavalerie du royau-me fuit encore les talons, Sc change de main dans la poussière des ma-nèges. Portez ailleurs votre lente méthode , votre bonne grâce , votrethéorie rafinée ; elles peuvent être le fruit de beaucoup de méditations ,mais je ne rn’en servirai pas : car je veux des cavaliers , Sc non pasdes écuyers.
Déterminer ensuite la méthode la plus prompte, la plus simple, Scla plus conforme au méchanifme du corps , pour placer un paysan àcheval Sc lui apprendre à le conduire ; ne point hérisser cette instru-ction des difficultés Sc des mots de T art ; déterminer de-môme la meil-leure Sc la plus courte maniéré de dresser un cheval, Sc de le mettre