ls6 ESSAI GENERAL
que l’armée, dont l’artillerie sçauroit manœuvrer avec le plus d'intelli-gence ôc de rapidité, pourroit traîner à fa fuite la moitié moins de bou-ches à feu que l’cnnemi, ôc avec cela lui être encore supérieure ; parcsque chez elle toutes ses bouches à feu seront employées ôc utilementemployées.
voilà, à-peu-près, tous les principes suivant lesquels on doit empla-cer ôc disposer l’artillerie. Quelques-uns d’eux, relatifs à la grande tacti-que des armées, seront développés dans la fuite de cet ouvrage. II reste,ôc c’est-là le grand art, art que la pratique ôc le génie peuvent seuls don-ner, à appliquer ces principes au terrein ôc aux occasions : car l’attaqueÔc la défense d’un poste, le passage d’une riviere, les combats dans telleou telle nature de pays, les ordres de bataille de telle ou telle efpece,exigent des dispositions différentes d’artillerie, que les bornes de cetessai ne me permettent point de détailler.
Passons aux principales réglés de l’exécutíon proprement dite. II n’estpas moins important qu’elles soient connues des commandans des troupes ,que celles de l’emplacement des batteries. Faute de cette connoissance,ils ne fçavent point juger les portées des bouches à feu, choisissent d’a-près cela des positions soumises aux points qu’ils veulent défendre, ouqui les voient mal ; contrarient, fans intelligence, les officiers d’artillerie ;font consommer inutilement les munitions > demandent qu’on tire à car-touche où il faudroit tirer à boulet, &c. J’ai vu, la guerre derniere, despieces de régiment tirer fans relâche, tandis que des batteries de piecesde huit du parc, qui étoient voisines, trouvoient le même but trop éloi-gné pour y user leurs munitions. Cette ineptie , qui dura trois heuresoc consomma inutilement mille cartouches, me rappelle un de nos offi-ciers généraux s’emportant contre le commandant d’une batterie, parcequ’il ne tirait pas. Ce dernier, occupé alors d’une nouvelle dispositionqu’il donnoit à ses pieces pour prendre un revers fur l’ennemi, répon-dit qu'il cherchoit son prolongement. Eh! Monsieur , répliqua l’officier géné-ral qui fe désespérait ôc ne fçavoit pas ce que c’étoit que prolongement ,•voilà comme est le Corps Royal , il prolonge toujours. Revenons à mon objet.
Comme ce n'est point le brait qui tue , comme l’incertítude desportées augmente en raison de l’éloignement des points qu’on veut bat-tre , ou du peu d'attention que l’on donne au pointement , il fauts’attacher à pointer avec exactitude , plutôt qu’à tirer avec vitesse ;íl faut pointer fur-tout avec beaucoup d’attention , quand les portéesfont éloignées, ôc augmenter la vivacité de son feu progressivement àIi diminution des distances, parce qu’en proportion de cette diminutionles coups s'assurent toujours davantage.
Ce principe n’est pas assez connu des troupes ; leur grand grief con-tre l’artillerie est toujours qu’elle ne fait pas assez de Feu ; Ta mesurede leur contenance dans une canonnade semble être la quantité de bruitque sont les batteries qui les soutiennent. Faute de connoiffimces, lesofficiers supérieurs eux-mêmes entretiennent ce préjugé, ils font les pre»