DE T A C T I Q^U E. Partie s. r57
miers à se plaindre de ce que le canon ne tire pas fans relâche ; 8cqu’arrive-t’il de-là ? C’est que souvent l’officier d’artillerie se laisse en-traîner à ces .clameurs, perd de vue le principe exposé ci-dessus, tiretrop vîte 8c à des portées trop incertaines, fait peu de mal à l’ennemi,le rend par-Ià plus audacieux , consomme inutilement des munitions, 8cfinit par s’en trouver dépourvu , dans le moment où son feu auroitbesoin de devenir le plus vif.
II ne faut jamais engager des combats d’artillerie à artillerie, quequand les troupes de l’ennemi étant à couvert du feu qu’on pourroitfaire fur elles, ses batteries y font exposées, 8c nuisent beaucoup auxtroupes qu’on protégé. Si au contraire les positions qu’on occupe, fontmeurtrières pour l’ennemi, il faut porter tous les efforts de l’artillcriefur ses troupes 8c fur les obstacles qui les couvrent , pour tâcher deles détruire , 8c ne chercher à en imposer au canon ennemi, qu’autantque cela est nécessaire pour protéger les troupes qu’on a à soutenir. Cettemaxime est souvent negligee par les officiers d’artillerie, soit qu’il leurparoisse plus brillant d'éteindre, aux yeux des troupes 3 les feux des bat-teries qui leur font opposées , soit qu’ils ne sentent pas assez que lestroupes sont l’objet principal , que l’artillerie devient inutile si ellessont détruitos ou miles en désordre , au lieu que l’artillerie étant dé-truite, il n’y a rien de fait, puisqu’il reste encore des troupes à vaincre.
Si les batteries font obligées d'attaquer les batteries ennemies, on nedoit pas pointer piece contre piece, il faut embrasser de son feu toutle terrein occupé par la batterie ennemie ; de-même , si l’on tire furdes troupes, il faut rassembler tous ses efforts fur l’efpace qui en ferale plus couvert, Lc où les boulets venant, à manquer , les troupes quifervent de but primitif, trouveront en deçà , en arriéré, ou a côtéd’clles, d’autres troupes à atteindre.
Hors les occasions de fausse attaque , ou de stratagème , toute ca-nonnade , qui n’a pour objet que celui de tuer quelques hommes auhasard 8c aux dépens de beaucoup de munition, est misérable 8c ridi-cule. II est cependant très-commun d’en voir ordonner de pareilles.
Le ricochet , employé à propos , n’est pas moins avantageux dansles actions de campagne, que dans les sieges. II est excellent contrela cavalerie , contre des lignes de troupes redoublées , contre des re-tranchemens, 8c peut-être n’en faifons-nous point.assez d’ufage.
II est important, dans l’exécution des bouches à feu , de fçavoir à pro-pos employer le boulet Lc les cartouches à balle, 8c de ne pas quittertrop tôt l’un pour se servir de ces dernieres, en faveur defquelles on a unpréjugé trop généralement avantageux ; car si elles produisent des effetsterribles quand on s’en sert fur des terreins secs , unis, sensiblement ho-nz°ntaux 8c à des portées raisonnables Lc telles qu'elles sont indiquéesu ' a table que j’ai donnée , il s’en faut bien qu’elles aient des effetsda 1 C j Grt:a ' ns ^ au ffi décisifs que lç boulet, au-delà de ces portées ou
ns des terreins irréguliers , mous, couverts , plongeans ou plongés.