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Tome second.
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4 ESSAI GENERAL

de son côté , les deux armées se rcncontroicnt , se mettoient en ordrede bataille , s’attaquoient, ou bien sc campoient l’une vis-à-vis de l’au-tre ; là , pendant quelques jours on se havceloit ) on cherchoit mu-tuellement à s’attirer dans un champ de bataille désavantageux entre lesdeux camps ; enfin le combat s’engageoit ; vainqueur on aslìégeoìt l acapitale , ou une des principales villes ; si on ne pouvoit s’en emparer,on ravageoit le pays, & on se retiroit ; l’année suivante les armées serassembloient de nouveau pour recommencer des hostilités dans le mê-me genre. Telles furent les guerres de Rome avec les Samnites, les Fi-dénates , les Volsques Lc tous les peuples du Latium. Telles lurentcelles de tous ces petits états de la Grece , fur les événemens militairesdesquels Phistoìre a jeté trop de merveilleux & de célébrité.

Ce ne fut que dans les guerres puniques que les armées Romainescommencerent à faire la guerre avec plus de méthode & de combinai-son. Amilcar, le peré du fameux Annibal , fut particulièrement celuiqui imagina le premier de mettre.un certain ordre dans les marches, dediviser Ion armée , de la mouvoir fur plusieurs colonnes , afin que lamarche fût plus prompte, & que l’ordre de bataille fût plus rapide-ment formé. Annibal ajouta à cc qu’avoit imaginé son pere , Lc ce su-rent ces ennemis redoutables qui , à force de vaincre les Romains ,leur apprirent la science des marches ; comme Pinsons, en les battant,leur enseigna à camper , à se retrancher, à perfectionner leur ordon-nance. Pourquoi appella-t-on si justement Fabius le bouclier des Ro-mains ? Ce fut à cause de cette campagne de marches Lc de mouve-mens qu’il fit vis-à-vis d'Annibal ; genre de guerre qui leur parut sinouveau , que , quoiqu'il sauvât la patrie, ils blâmoient cette défen-sive dont ils ne connoissoient pas la sublimité.

Rapprochons-nous de nos siécles, nous y verrons de-meme que cen’eít que quand l’art de la guerre s’est perfectionné , que les arméesont commencé à marcher avec quelque combinaison. Nous y verrons,ce que j'ai avancé ci-dessus, que les généraux ont toujours fait plus d’u-fage de la guerre de marches Lc de mouvemens, en raison de ce qu’ilsont été plus habiles, Lc qu’ils ont eu devant eux des ennemis plus éclai-rés. Jufqu’à l’époque de Gustave & de Nassau, qui furent les restaura-teurs de l’art militaire en Europe, il n’y avoit dans les armées, ni mou-vemens, ni marches combinées; on se joignoit, on lé battoit, il sc fai-foit peut-être .plus d’actions personnelles, plus d’actions d héroïsme; maisil n’y avoit ni plans de campagne, ni vues, ni projets a plusieurs bran-ches. Qu’on lise toutes les guerres entre l’Angleterre Lc la France, cellesde Charles V. Lc de François I, les deux princes de l’Europe quiétoientles plus puifìans alors, Lc qui avoient les meilleures troupes : qu’on lisele récit des batailles de Bovines, de Poitiers, de Crécy , d’Asoncourt,celui des Croisades, on verra comment se remuoient les armées de cestemps, comment elles combattaient, quels étoient leurs ordres de mar-che. lisse faifoientfur une seule colonne, les armées étant partagées en