DE T A C T I Q. U E. Partie II. s
trois corps, dont la tête s’appelloit l’avant-garde , le centre le corps debataille, la queue l’arriere-garde. Falloit-il se mettre en ordre de ba-taille ? Un jour ne suffi soit pas pour débrouiller cette masse, 8c pourformer'la disposition de combat. Le plus souvent l’avant-garde, com-posée de gens de trait, des enfans perdus, 8c quelquefois de gendarme-rie, engageoit faction, tandis que le corps de bataille, composé de lagendarmerie 8c de la noblesse, s’avançoit pour le soutenir; la méprisa-ble infanterie des communes arrivoit ensuite , ou plutôt n’arrivoit qu’a-près le combat, 8c pour fuir ou pour piller. Telle est à peu-pròs en-core aujourd’hui la disposition des armées Ottomanes restées, heureuse-ment pour l’Europe, dans l’ignorance où l’on étoit alors.
Sous Gustave Lc fous Nassau, on commença à s’éclairer fur les ordresde marche , on en sentit la conséquence ; Gustave- en exécuta quelques-uns fur plusieurs colonnes j 8c il faut lire, dans son histoire, quel ordre8c quelle s précautions il y recommandoit à ses troupes. Le duc deRohan, dans son parfait Capitaine , conseille aussi de les exécuter fur plu-sieurs colonnes, pour rendre, dit-il, les mouvefnens moins fatigans 8cplus prompts. 11 s’en salloit bien cependant que cette multiplication decolonnes fut nécessaire alors, comme aujourd’hui que les armées fontplus nombreuses, 8c que l’ordonnance étant plus mince , leur front estplus étendu. Mais ce n’est pas fur les détails intérieurs, fur le mécha-nisme des marches, que se firent les plus grands progrès; ce qu’il fautremarquer 8c méditer dans la conduite de Gustave 8c des grands géné-raux de son siecle, c’est la conduite de leurs campagnes, la hardiessede leurs expéditions, le parti qu’ils savoient tirer de leurs petites armées,la grandeur de leurs projets, la rapidité avec laquelle ils portoient laguerre d’une province à l’autre ; c’est ce nouveau genre de guerre, plusen mouvemens 8c en science qu’en combats, dont ils surent les créa-teurs. Gustave, 8c après lui ses généraux, se soutenant en Allemagneavec une poignée de Suédois, rappellent Annibal au milieu de PItalie.
Mais rapprochons-nous encore plus de notre temps. Voyons T u renne,voyons Montecuculli, les deux derniers grands hommes qui commandè-rent, 8c préférèrent de commander de petites armées. Quel fut leur genrede guerre ? Celui dont je viens de parler. Comment fe passa cette fa-meuse campagne qui termina la vie de l’un &c la carrière militaire de l’au-tre ? En marches 8c en contre-marches , les deux armées étant fans cesseen mouvement, fe côtoyant, se tenant fans cesse en mesure de s’attaquer,8c cela dans un espace de pays de dix ou douze lieues de long , surquatre ou cinq de large; dans un pays couvert 8c coupé, où des géné-raux médiocres ne manqueroient pas de faire une guerre de positions.J’aurai occasion de revenir, dans la fuite de cèt ouvrage , fur la diffé-rence bien grande d’une défensive de positions, à une défensive de mou-vemens. Ce font les marches qui font l’objet de mon examen actuel.
Après k mort de M. de Turenne, il n’y eut plus de petites armées,chargées de grandes opérations. L’ambition de Louis XIV. voulant en-