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Tome second.
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4 0 ESSAI GENERAL

troupes pendant la paix , en les faisimt, si je peux m’exprimer ainsi, àleur système & à leur main ? Si par hasard il s’eleve dans une nation unbon général, la politique des ministres & les intrigues des courtisans ontfoin de le tenir éloigné des troupes pendant la paix. On aime mieux con-fier ces troupes à des hommes médiocres, incapables de les former, maispassifs, dociles à toutes les volontés & à tous les systèmes, plutôt qu’àcet homme supérieur qui pourroit acquérir trop de crédit, résister auxopinions qu’on auroit adoptées, se rendre le canal des grâces militairesdu souverain, & devenir enfin l’homme des troupes , le général né. Onveut pouvoir donner des armees a commander a ses créatures, on veutaccoutumer les troupes a recevoir aveuglement tel homme que ce soit,que l’on voudra mettre à leur tête , je dis tel homme que ce soit, pourvûqu’il ait le brevet du souverain. La guerre arrive , les malheurs seulspeuvent ramener le choix fur le général habile ; on l’emploie , mais enmême temps on le contrarie , on le traverse ; le dirai-je ? On voudroit( si un tel partage étoit possible ) que la besogne réussit & que le géné-ral échouât. Ce général parvient à réparer les affaires , à les soutenir;bientôt on craint fa réputation, on est importuné de fa gloire ; on fait lapaix ; le général déja formé ou qui commençoit à se former , n’est plusconsulté, plus employé. Ses talens se rouillent ou n’achevent pas de seperfectionner; les troupes qu’il connoissoit, changent, sc renouvellent,prennent d’autres institutions, d’autres principes. Ainsi quand des mal-heurs nouveaux le replacent à la tête des armées, il se trouve étranger•à ces armées, & ces armées lui sont étrangères. Ce tableau est l’histoirede presque tous les états dans presque tous les temps j qu’on ne m’ac-cuse pas d’avoir voulu cn désigner aucun.

Quelle différence de cette maniéré de former les armées à celle dontles Grecs , les Romains, dont tous les grands conquérans ont formé lesleurs ! Miltiade , Thémistocle , Epaminondas comptoient-ils les forcesde l’ennemi ? Alexandre compara-t-il les siennes avec celles de PAsie ,quand il voulut la conquérir ? II partit avec une armée de cinquantemille hommes pour aller détrôner un roi qui pouvoit en armer des mil-lions. Annibal partit avec soixante mille hommes pour la conquête del’Italie ; Scipion avec cinquante mille pour attaquer Carthage. Césaravec quelques légions, soumit les Gaules, P Afrique & une partie de l’A-sie. Et, pour citer un seul moderne , Gustave avec vingt-cinq milleSuédois, fut la terreur de l’Empire. Ces grands hommes favoient bienqu’ils alloicnt attaquer des armées supérieures , ils favoient qu’on leuropposerait éc plus de troupes qu’ils n’en avoient , & quelquefois desarmes 6c des maniérés de combattre inconnues à leurs soldats ; maisils avoient leur plan , leur tactique , leurs armées élevées par eux ÔCpleines de confiance en eux. Dans la tête du petit nombre d’hommesqui les fuivoient, étoit profondément gravé, que c’est la science Lc lecourage qui donnent la victoire, & non la multitude.

Voyons particulièrement les Romains , ce peuple militaire Lc con-quérant

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