8o ESSAI GENERAL
théories lumineuses , la science de la guerre sera-t-elle donc la seule qu’drtabandonne à la routine ? La croit-on si vague, si dénuée de principespositifs , qu’elle ne doive pas être enseignée ? Eíl-ce l’indignation d’An-nibal quand il entendit le rhéteur d’Ephese donner des leçons fur l’artmilitaire, qui a à jamais ridiculisé le projet de le démontrer dans desécoles ? Annibal vit en pitié un rhéteur obscur ôc ignorant, oser parlerdevant lui des devoirs du général : il eût aimé à entendre un hommede guerre, un Xantippc , un Epaminondas raisonner de la théorie deion art, il eût íenti que dans un pays où de grands hommes commande-roient les armées pendant la guerre, il faudroit encore que pendant lapaix ils prissent la peine de se former des troupes ôc des successeurs.
La nature de nos constitutions ôc de nos préjugés nous défend d’ef-pérer un pareil spectacle ; regrettons du moins qu’il ne puisse avoir lieu,ôc offrons, en attendant, a nos concitoyens le tribut de nos foibles travaux.Le cours complet de tactique que je donnerai dans mon grartd ouvrage,les présentera dans un ordre plus didactique & plus instructif. J’eílayeraid’y faire l’ébauche de ce qui devroit être l’objet d'un cours public, jemontrerai que cette science peut être enseignée par des procédés simplesôc attachants. Elle me l’a été ainsi. Qu’il me soit permis de rendre icihommage à mon pere ! mon entendement étoit à peine ouvert qu’il medonnoit les premières leçons de la tactique. II me la démontroit succel-sivement par paroles, par figures ÔC fur le terrein ; lorsque j’eus une foisbien conçu les élémens de la tactique , il fit faire en carton découpé, desefpeces de plans figurés 6c mobiles avec lesquels on repréientoit toutessortes de terreins. Sur ces plans il m’expliquoit, avec des figures de bois,tout le méchanisme des armees. II me repréientoit des batailles qui pou-voient fournir des exemples qui y étoient relatifs ; il me repréientoitparticulièrement celles de la guerre qui fe faifoit alors , 6c dont les évé-nemens 6c les détails avoient le plus frappé mon attention ; il alloit ensuitedans toutes fortes de terreins exercer mon coup d'œil 6c mon jugement.Nous revenions 6c nous reprenions notre amusement. II me permettoitdes objections. II laissoit mon imagination s’essayer. Insensiblement elleacquérois plus de développement 6c de rectitude ; alors nous formionsdeux armees 8c nous prenions chacun le commandement de l’une desdeux. Puis dans différens pays représentés au hasitrd par l’assemblage denos cartons, nous faisions manœuvrer nos armées; nous leur faisions exé-cuter des marches, nous choisissons des positions; nous exécutions l’wncontre l’autre des ordres de bataille. Nous raisonnions ensuite sur ce quenous avions fait. II aimoit mes doutes 6c jusqu’à mes contrariétés. Sou-vent les nuits fe passoient dans cette occupation, tant cette étude nousattachoit, tant mon instituteur avoit sû lui prêter de charmes.
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MEMOIRES