8 r. ESSAI GENERAL
le premier des arts, ils dédaignent toutes les autres branches de la sciencemilitaire. Si ce préjugé est entretenu chez eux par le beau nom de géniedont on a honoré.leur corps 6c les connoiffances qu’ils cultivent, je doisles avertir que cette pompeuse dénomination est de création nouvelle,que, du temps de V'auban, on disoit tout simplement le corps des ingé-nieurs , 6c qu’ingénieur («), dans l’institut de cette profession } 6c danstoutes les langues de PEurope, dérive, non du mot génie , mais du motengin , parce qu’alol's les ingénieurs étoient les constructeurs & les direc-teurs de toutes les machinés de guerre, 6c particulièrement de celles desiégé. , . . '
C’est fur-tout dans la détermination des fortifications de campagnequ’on doit sentir combien il est important que la tactique dirige lesidées. Faute de cela, on procede avec lenteur, on n’ofe s’écarter de laroutine de méthode; on voit 1 effet d’une piece de fortification, le rap-port qu’ellc aura avec la piece voisine, mais on ne s’occupc point de('ensemble général de la position,,de l’objet qu’elle doit remplir; onremue de la terre, on multiplie les ouvrages, 6c l'on ne calcule, ni quidéfendra cette immensité d’ouvrages, ni que des troupes enfermées dansdes retranchcmens pareils, perdent tout l’avantage que pourroient donner
la manœuvre 6c la science.
Qu’on parcoure l’histoire militaire depuis un siécle, on verra toutesles erreurs dans lesquelles on est tombe , faute de n’avoir pas combinéks fortifications avec la tactique. C’est fous les généraux médiocres ,c’est dans le temps où tôutes les troupes de l’Europe n’avoient ni dis-cipline ni tactique, que s’introduisit Pufage des lignes; absurdité quirappelle cette fameuso ôc inutile muraille que P ignorance chinoise a bâtieù six mille lieues de nous. A l’usage des lignes succéda celui des grandespositions retranchées qui n’étoient, à vrai dire, que des lignes plus courtes6c proportionnées au front de P armée qui devoir les occuper : secondgenre de défensive moins mauvais que le premier, mais toujours funesteaux généraux qui n’èn ont pas connu d’autre. Tel étoit alors le préjuge,qu’on ne croyoit une position bien retranchée que quand les ouvragesqui la défendoient, étoient continus. Dans la correspondance des géné-raux de Louis XIV avec ce prince & avec fes ministres, on lit en propres,termes ceci, & souvent P équivalent : „ boire position est déja couverte dt,, redoutes ; & pourvu que Y ennemi nous donne le temps de les lier , tout ira„ bien. ,, Aujourd’hui on est revenu de ce préjugé , on regarde qu’enfait de fortifications de campagne, les courtines sont inutiles, & qu’elles.ne doivent être formées que de troupes. C’est déja un grand pas de faitvers la lumière, vers le véritable emploi qu’unc armée doit faire des for-tifications -, mais il reste encore à. réduire à une plus juste valeur le mé-rite des retranchcmens d’armée, & à fe bien persuader que la défensive.
(a) Autrefois engineur en françois, encore aujourd’hui engineer en anslois. kunf-uhler en allemand, ce qui revient proprement à artificier,. 6 J -
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