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Tome second.
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DE T A C T I Q.U E. Partie IL 91

d’Angleterre , c’est Faffaire de Denain. Sans ces événémens, il en au-roit été de Cambray 8c d’Arras , comme de Lille 8c de tant d autresvilles, 8c la France eût été envahie.

Poursuivons. Les places font, dit-on , la force d’un état. Cela exi-ge une grande modification , car les places en elles-mêmes n’ajoutentpas plus à la force d’un état , que ses arsenaux 8c tous ses attirails deguerre, qui ne deviennent des moyens que quand on a des armées enétat de s’en servir. II n’y a dans un état de force réelle 8t existante parelle-même , que des troupes, 8c des troupes portées au plus haut pointd’instruction 8c de discipline. Ayez des places de guerre 8c les meilleurespostibles , si en même temps vous n’avez pas d’armée, ou fi cette ar-mée est mauvaise , ces places, quelque multipliées , quelque fortes qu’el-les soient, ne serviront qu’à Faire faire des garnisons prisonnières, & aaffermir les conquêtes de l’ennemi. Qu’on voie la Hollande hérissée deplaces, 8c défendue ordinairement par des troupes mercenaires St fans•vigueur : en 169Z , elle fut envahie presqu’en totalité dans six semai-nes. Elle ne fut sauvée que par ses inondations, par le parti qu'elle pritde mettre à la tête du peu de troupes qui lui restoient, le prince d’O-range qui leur rendit le courage , St reprit l’offensive sur les Françoisdisperses St affoiblis par la garde de ces mêmes places qu’ils avoient con-quises , St mal a propos gardées au lieu de les détruire. Dans l’avant-cernierc guerre on l’a vue de-même prête à être envahie. 'Le maréchalde Saxe , supérieur en génie Sc en habileté aux généraux ennemis, avoitdonne 1 ascendant à nos armées, il gagnoit les batailles ; de-la toutesles places mollement défendues ouvroient leurs portes : tant il est vraique 1 g destin des places est toujours réglé par celui des combats, queles places ne sont qu’un accessoire, Sc que l’important , la chose à la-quelle on doit s’attacher , c’est à avoir une armée supérieure en ma-nœuvre , Sc maîtresse de la campagne !

Sans les places, ses guerres seroient plus dévastatrices, l’intéríeur desétats courrait plus de risque. Voilà de toutes ses objections la plusFondée , celle qui milite 1 e plus fortement en faveur des places.Approfondissons-la soigneusement. De la maniéré dont se fait la guerreaujourd’hui , il est constant qu’elles empêchent les incursions Sc retar-dent l’invasion d’un pays. 11 reste à lavoir seulement , si ses places•seroient des obstacles pour des armées autrement constituées que les nô-tres , si une cavalerie infatigable Lc facile à nourrir, comme celle desNumides 8c des Tartares, craindrait de passer entr’elles pour aller faire descourses dans 1 e pays , 8c rentrer par une province oppolée. Reste a savoirsi un général, homme de génie, à la tête d’une armée qu’il auroit ac-coutumée à la patience, à la sobriété, aux choses grandes 8c fortes ,n’oserait pas laisser derriere lui toutes ces prétendues barrières, 8c porterla guerre dans l’intérieur des états , aux capitales même. Les doutes, quepropose ici, serviront peut-être à faire voir que si les places retiennent1 ennemi fur ses frontières , 8c éloignent la guerre du cœur des états,

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