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Tome second.
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ESSAI GENERAL

c’est plutôt à cause de l’espece Sc de la similitude de nos constitutions,à cause de la routine de guerre que nous avons adoptée, que par rap-port aux obstacles réels qu’elles opposent.

Mais il ne s’agit pas de la maniéré dont la guerre pourroit se faire ,il s’agit de celle dont elle se fait, ÔC relativement à cette derniere , re-lativement à nos constitutions militaires , ôc bien plus encore à nos con-stitutions politiques : les places ont une utilité dont je vais parler, 8cqui me les feroit conseiller à la plupart des états de l’Europe. Cetteutilité n’a peut-être pas été apperçue fous le même point de vue parleurs plus zélés partilans.

Dans la plupart des pays de l’Europe, les intérêts du peuple ôc ceuxdu gouvernement sont tres-séparés > le patriotisme n’est qu’un mot ; lescitoyens ne sont pas soldats ; les soldats ne sont pas citoyens ; les guer-res ne sont pas les querelles de la nation , elles sont celles du ministèreou du souverain ; cependant elles ne se soutiennent qu’à prix d'argent 8cau moyen des impôts ; ajoutez que dans quelques-uns de ces états cesimpôts font excessifs , que le peuple y est mécontent, misérable ÔC dansune situation qu’aucune révolution ne peut empirer. Cela posé, je disque dans les états de cette nature , les places font utiles ; car indépen-damment des services qu’elles rendent contre les troubles du dedans, ilest important pour eux que les guerres avec l’étranger se fassent tou-jours hors des frontières : si elles pénétraient dans l’intérieur , il n’y au-rait nulle ressource vigoureuse à attendre de la part des peuples. In-différens ÔC fans courage ils baisseraient 1a tête íous le nouveau joug.Les malheurs pourraient amener de grands troubles 8c des secousses dansle gouvernement ; tout au moins ils occasionneraient des révolutions dansle ministère. Mais qu’il existe un état libre , un peuple qui ait desmœurs , des vertus , du courage , du patriotisme j un peuple qui fassela guerre à peu de frais , parce que tous les citoyens s'armeront pourla défense commune , sans exiger de salaire ; un peuple qui le gouvernepar lui-même, 8c qui par conséquent, dans les temps de crise , mettenécessairement à sa tête l’homme le plus éclairé ôc le plus digne, jedirai qu’un tel pays peut sc passer de places, qu’il doit même s'en plis-ser , asin de conserver sa liberté, qu’en n’ayant point de places, il necourt aucun risque d’être subjugué : premierement il y a à parier queses armées plus braves , mieux constituées , mieux commandées , arrê-teront l’ennemi fur la frontière ; si le contraire arrive , Pétat ne serapas en danger pour la perte de quelques lieues de pays , ses citoyensse rassembleront de toutes parts contre l’ennemi commun. Plus l’ennemiaura de succès, plus il faudra qu’il s’étende, ôc qu’il s’affoiblisse : oùfera l’ennemi, là sera la frontière, parce que , si j e peux m’cxprimerainsi , l’état ne fera que se replier fm lui-meme, & que par-tout où ilrestera de la terre 8c des hommes, l’état subsistera encore. Ainsi lescampagnes de Rome étoient inondées par les Gaulois, Rome étoit dé-truite j mais ses chevaliers, son nom, ses destinées s’étoient retirés fur