DE TACTIQUE. Partie II. 99pour s’opposer aux succès d’Annibal. Ses imprudens prédécesseurs s’é-toíent fait battre dans les plaines ; il sentit qu’il étoit trop inférieur en.tactique à son adversaire : pour s’y compromettre, il chercha les hau-teurs , prit des positions, fit une guerre de mouvement, evita les com-bats. Sa conduite sauva Rome, 8c elle y trouva des censeurs ; tant lesprincipes de cette belle campagne étoient inconnus aux Romains ac-coutumés à combattre plutôt qu’à manœuvrer !
I/histoire nous fait voir César occupé quelquefois de la nature dupays, dans le choix de ses camps ; mais le peu de détails t typographi-ques , dans lequel César entre lui-même dans les mémoires, semble prou-ver que ces détails n’étoient pas regardés comme bien importans alors.Ils le furent encore bien moins dans ces temps d’ignorance & de bar-barie , qui succéderont aux beaux jours de l’empire $ toutes les partiesde l’art militaire dégénérèrent à la fois ; les campagnes ne furent plusque des incursions ; 8c le hasard, ou le courage, décida seul des combats.
Quand les armes à feu eurent acquis quelque perfection, le terrcindut commencer néceflàirement à prendre dc l’infiuence fur les opéra-tions de la guerre. L’infanterie chercha les pays] coupés ; elle occupapar préférence les villages, les bois, les hauteurs. Ces points devinrentdes postes & des appuis intéressons à se procurer : ils entreront par con-séquent dans les combinaisons de la castramétation 8c de la tactique. Cefut, fans doute , une nouvelle ressource pour le génie - 8c un pas de plusvers la perfection de l’art ; mais , comme presque par-tout l’abusfuit la vérité, peu à peu cette influence des terreins fur les opérationsest devenue trop absolue. La science du mouvement des troupes a éténégligée ; on a cru qu’il étoit inutile de manœuvrer , que toute lascience de la guerre consistoit à choisir des positions avantageuses. De-là sc sont clevés tant d’officiers topographes, réels ou prétendus, quiremplissent les états-majors de l’armée 8c les cabinets des ministres ; of-ficiers qui, pour la plupart, n’ont aucune connoissance de la tactique,aucune habitude de manier les troupes, qui regardent même cette con-noissance 8c cette habitude au-dessous d’eux. Cette manie de topogra-phie , cette prévention outrée des états-majors d’armée en faveur desdétails dont ils sont chargés , étoient faites pour s’accréditer en France,plutôt qu’ailleurs ; parce que tous les officiers y sont portés à raisonner,8c à se croire relevés par des fonctions qui , revêtues de quelques ap-parences d'importance , initient aux mystères des opérations.
Sans doute la science de la reconnoiflance des terreins est importante;il faut qu’clle soit cultivée , 8c que ses résultats entrent dans les com-binaisons journalières de 4 la guerre ; mais il faut qu’elle ne soit regardéeque comme une branche de la tactique qui est , je le répete , la Iciencemore. 11 faut, donc que les officiers de l’état-major de l’armée soienttacticiens ; il faut qu’ils lâchent disposer 8c manier les troupes -, il fautque , dans leurs supputations, ils n’oublient pas que les troupes défen-dent encore plus les positions, qu’clles ne font défendues par elles ; que
N i