DE T A C T I Q_U E. Partie II. ioi
mande que des mémoires purement topographiques, c’est-à-dire, le tra-vail d’un ingénieur géographe. Cependant les uns Lc les autres perdentde vue les troupes. „ Que faire avec les troupes ? (disent les uns, Lc,, ceux-là font les plus éclairés) Nous sommes exclus par état de les„ commander , elles font absorbées dans les détails, on semble ne pas„ imaginer que nos opérations puissent avoir rien de commun avec elles.„ Qu’est - ce que la tactique ? ( disent les autres, 6c c’est le plus grand,, nombre ) C’est une science futile, Sc aux détails de laquelle nous„ sommes bienheureux d’être soustraits. Qu’importent toute cette dif-„ cipline, toutes ces évolutions ? C’est dans nos reconnoissances, dans,, nos marches, dans le choix de nos positions, qu’est le sublime Lc„ l’important du métier. „ Et ainsi raisonnant, ils vont destinant, dres-sant des itinéraires, faisant mouvoir leurs armées imaginaires, 6c souventne voyant pas un soldat de toute l’année. Que résultera-t-il delà? C’estqu’à la premiere guerre, si les généraux sont forcés d’employer indiffé-remment tous les membres de cette école, les affaires s’en trouverontmal; que, s’ils en laissent la plus grande partie, pour se choisir des offi-ciers d’état-major cux-mêmes, ceux qu’ils se choisiront, ne vaudrontpas mieux ; ou, quand même ils auroient les qualités nécessaires pourréussir, ils seront du moins inexperts, ou rouillés, fur les détails dontils les chargeront.
II y a certainement une théorie 8c des principes pour rcconnoître unpays, pour en démêler les détails, les saisir, 6c les calquer dans fa mé-moire. En étudiant la direction des chemins 6c le cours des eaux, onse sait d’un pays une idée plus nette Lc plus militaire. Aux points oùun officier se portera , en entrant dans un pays qui lui fera inconnu, pourcn mieux saisir l’aspect, aux points de repaire Lc de signalement qu’ilse choisira, aux triangles Lc aux rayons que son œil projettera, il ferafacile de juger s’il a, ou non, le talent de reconnoître. Dans les paysmontagneux particulièrement, c’est un art que de bien démêler les chaînesprincipales d’avec les sommités , ou contreforts qui en dérivent ; lespoints où naissent Lc coulent les eaux , les entrées des gorges ; l’efpecedes pendans, la profondeur des vallons, les distances des lieux. II existe,à cet égard, une théorie excellente, créée par Mr. de Bourcet, dontle militaire doit desirer la publication.
Mais le grand moyen pour devenir habile dans la science de recon-noître les terreins, c’est la pratique journalière, c’est, dans íìi jeunesse,de voyager, de chasser, de sc promener souvent militairement. Ainsifàisoit Philopazmcn : Polibe le cite. Ainsi feront tous les officiers quivoudront s’élever aux grandes parties de k guerre. Car, dans quelquearme qu’on serve, la science du coup d’œil est de la plus grande im-portance. Dans ma tactique élémentaire, j’ai proposé, à cet égard, desécoles pour les officiers. De ces écoles fortiroient de bons officiers-ma-
l°rs, 6c de ces officiers - majors d’excellens sujets pour les états-majorsdes armees.