l0l ESSAI GENERAL
Lorsqu’on a le coup d’œil formé , lorsqu’on sait juger parfaitementun terrcin , mesurer les distances vues fous différons aspects ; lorsqu’ons’est affermi la vue contre les illusions fans nombre que peuvent produirela différence des terreins, la quantité 6c la complication de troupes dedifférentes armes, vues fous différons aspects ; les manœuvres de cestroupes, les ruses de tactique dont elles se servent, si elles sont habile-ment maniées-, l’horizon plus ou moins serein, 6c mille outres causes ac-cidentelles ou locales5 il s’agit d’apprendre à voir un pays militairement,c’est-à-dire, à démêler promptement 6c sûrement quelle influence cepays peut avoir fur les opérations militaires ; quelle portion il offre, danstel ou tel cas, à l’armée ou au corps de troupes dont on suppute lesmouvemens -, quels y feroient les débouchés 6c l’ensemble d’une marchesur tel ou tel point ; enfin les rapports généraux 6c dc détails que cettemasse de pays pourroit avoir avec les armées qui y agiroient. Mais cetalent-là peut s’augmenter, 6c non s’acquérir, par l’habitude ; il est unprésent de la nature, 6c l’instinct du génie. Car, supposons un hommequi fera excellent topographe, qui démêlera & embrassera bien, de l’œil& de l’imagination, Penlemble d’un pays, abstraction faite de troupesSc de circonstances : si cet homme n’est pas né homme de guerre, qu’onle transporte dans un terrein couvert de troupes j qu’il y soit obligé decombiner íês connoissances locales avec des opérations militaires ; qu’ilsoit chargé de déterminer un mouvement ou une position, relativementà telle ou telle circonstance, il fera embarrassé, incertain, aveuglé ; Sc,s’il se détermine enfin, il prendra le mauvais parti : à plus forte raisonlc prendra-t-il, s’il faut, comme il arrive souvent à la guerre, que fadétermination soit prompte, qu’elle s’élancé comme son coup d’œil,qu’elle soit prise au milieu du tumulte Sc du danger, au milieu des in-convéniens qu’offrcnt tous les faux partis qui environnent souvent le seulqui est bon. C’est-là cette sagacité de coup d’œil 6c de jugement quigagne les batailles, 6c que la nature ne donne, dans l’espace d’un siecle,qu’à quelques hommes privilégiés.
La science du coup d’œil 6c la connaissance des terreins étant inti-mement liées avec la tactique, on voit combien de fausses 6c d’inutileslumières donneront les écoles d’état-major, qui ne feront pas constituéesd'après ce principe fondamental. Je vais le faire sentir encore davantage.II s’agit de choisir une position pour une armée. Si celui, qui la déter-mine, n’est pas tacticien, comment faura-t-il combiner, relativement àla force de cette armée, P étendue que cette position devra avoir ? Com-ment aura-t-il égard, dans le choix de cette position , à Pespece d’armedans laquelle l’armée est la plus forte ou la plus foiblej à l’espece d’ordrede bataille cans lequel il peut être le plus avantageux de l’occuper ?Faute de cette combinaison , on prend des positions bonnes en elles—mêmes , mais qui se trouvent défectueuses, relativement au nombre 6Cà Pespece de troupes qui les garnissent. On prend des positions dontle front est redoutable, 6c où l’armée ne peut pas manœuvrer, faute de