DE T A C T I Q^U E. Partie IL 105
fonds. On en prend d’autres qui font formidables de toutes parts, maisdans lesquelles l'armée, réduite à la défensive, perd l’avantage de pou-voir manoeuvrer 6c profiter des fautes de l'ennemi. On en prend enfinque, par un mouvement qu'on n’a pas su prévoir, l'ennemi parvient,ou à tourner, ou à percer, ou à faire abandonner, fans qu’on ait lepouvoir de lui résister.
Mais , après qu’une position est déterminée , après même qu’elle estreconnue avantageuse, soit relativement aux vues d’ostcnsive 8c de défen-sive , soit par rapport au nombre 8c à l’efpece des troupes qui doiventl’occuper, il reste tine maniéré d’y disposer les différentes armes, danslaquelle il faut encore que la tactique soit combinée avec la connoiíTancedu terrein. Cc mélange de combinaisons est un art*qui a ausii ses prin-cipes. Soit, par exemple, une lisiere de hauteurs, déterminée pour êtrele front de la position que l'armée doit occuper. Si, suivant la routineordinaire, on y ordonne la disposition des troupes, étant fur le terreinmême, & en parcourant le front de la position, on court risque de nepas distribuer les armes dans les emplacemens qui peuvent leur être leplus avantageux, 8c de ne pas tirer de la position tout le parti dont elleest susceptible. En fe portant au contraire en avant de la position, 8caux points par où l’ennemi pourroit arriver fur elle, on en découvrira plusparfaitement l’enfemble 6c les détails ; on verra d’abord le terrein quiest en avant d’elle , l’aspect qu’elle présente à l’ennemi, la dispositiond’offcnsive qu’elle peut lui indiquer. Se supposant ensuite à la place de l’en-nemi, on cherchera quels font les moyens par lesquels il pourroit atta-quer cette position, 8c, partant delà, quels sont les contre-moyens qu’on
f iourra lui opposer. En voyant la position de face , on jugera mieux'emplacement qu’il faut. y donner à chaque espece d’armes ; les faillansavantageux à occuper par des batteries ; l’effet que le feu de ces batteriesdoit faire fur les débouchés par où peut arriver l’ennemi ; le pointdes hauteurs le plus convenable à occuper, pour que le feu de l'infan-terie ne soit pas trop plongeant ; les rideaux derriere lesquels on peutmettre une partie de sos troupes à l’abri du feu des batteries de l’enne-mi, ou faire illusion à l’ennemi fur le nombre de sos forces, 8c fur lavéritable disposition qu’on lui oppose. '
La science de la reconnoissance des terreins, combinée avec la tac-tique , pourroit être, comme l’on voit, le sujet d'un ouvrage intéres-sant, 6c il naîtrait, fans doute, d’une école d'état-major, constituée surle plan que je propose. Sur cette branche de l’art militaire , commesur tant d’autres, il n’y a rien de réduit en principes; l’on croit que celaest inutile : d’une part, parce que le talent de connoître un pays est ,dit-on, un don inné, 8c que, fur les choses de génie, il n’y a point depréceptes à poser: de l’autre, parce qu’à peine croit-on que la tactiqueloit une science, 8c encore moins qu’elle ait une liaison indispenlàbleavec la connoislance des terreins.
-n supposant que les officiers-majors devinssent tacticiens, j’adniet»,