DE T A C T I Q_U E. Partie II. 107
Au reste, ce n’est pas le cas de regretter que l’histoire ne nous disepoint comment ces armées de barbares subsi stoient dans leurs expéditions;elles y périssoient, comme dans les combats qu’elles donnoient, victimesde leur immensité 6c de leur ignorance. Mais on doit regretter, en re-vanche, de n’avoir pas plus de détails fur les procédés de subsistance em-ployés par des conquérans heureux Lc habiles, tels que Cyrus, Alexandre,Annibal. L’histoire ne nous en transmet aucun. Nulle part feulementnous ne voyons leurs armées arrêtées par des formations de magasins,6c par des calculs de subsistance. Sans doute elles vivoient dans les paysoù elles faifoient la guerre, 6c des denrées de ce pays ; fans doute ellesétoient sobres 6c endurcies ; fans doute aufli avoient-elles des combinai-sons de subsistance moins compliquées, moins timides, moins financièresque les nôtres. Qu’on songe aux expéditions de ces armées; qu’on voieAlexandre partant de la Macédoine pour aller conquérir l’Asie ; qu’onsuive Annibal partant d’Espagne pour aller porter la guerre à Rome ,passant les Pyrénées, traversant les Gaules , ayant, à chaque pas, despeuples inconnus à se concilier ou à combattre, s’ouvrant ensuite unchemin à travers les Alpes, descendant en Italie, 6c s’y soutenant neufans victorieux, 6c sans tirer aucun secours de Carthage. Qu’on metteces campagnes-là en parallèle avec les nôtres; qu’on transporte ces vastesopérations lu r l’échelle actuelle de nos combinaisons militaires, on feraforcé de révoquer l’histoire en doute, ou de convenir du rétrécissementde nos génies.
Les guerres des Romains ne nous instruisent pas beaucoup davantagefur les détails de la science des subsistances chez les anciens. On conçoitqu’ils durent être simples 6c faciles, tant que les armées romaines eurentaffaire aux peuples du Latium. Mais quels ils furent, quand Rome en-treprit des guerres étrangères 6c lointaines, voila ce qu’aucun historienne nous apprend. Quelques traits, épars çà 6c là, forment là - dessustoutes nos lumières. II est quelquefois mention dans Tite-Live, des dis-tributions de vinaigre, de vin 6c de grains ; on y volt des légions qu’onvouloit punir , condamnées au pain d’orge ; preuve, fans doute, qu’ils’en distribuoit d’une autre espece au reste de l’armée. On lit dans Vé-gece, que les préfets du camp , ce qui étoit un office purement mili-taire, étoient chargés du détail des subsistances. On y lit que les cen-turies romaines avoient des moulins à bras, qu’on leur distribuoit du
Í jrain en nature. Ailleurs il est dit que , dans les expéditions, chaqueoldat portoit fa portion de farine pour quinze jours, 6c qu’enfuite ar-rivé au camp , il faifoit, avec cette farine détrempée, une maniéré de
f âteau qui iervoit à fa subsistance. Cet usage de moulins à bras 6c desistributions de grain ou de farine aux troupes, a été proposé plusieursfois de notre temps, 6c traité de chimere. Un exemple instructif qu’ondoit enfin recueillir de l’étude de la constitution des légions romaines,dans le temps de leur vigueur, 6c du résultat de leurs opérations, c'estla tempérance, l’austérite, la patience infatigable qui en étoient la base.
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