10 8 ESSAI GENERAL
De telles troupes savoient s’accommoder à toute espece de nourriture,&, au besoin, endurer la faim Lc la soif. Aussi nulle part, dans l’his-toire du bel âge militaire de cette nation, on ne voit lez opérations ar-rêtées par des cálculs de subsistance. Dans nos histoires modernes , onverra, à chaque pas, les combinaisons de subsistance faire séjourner lesarmées, & commander aux généraux.
Une autre vérité importante qu’on peut retirer de l’étude des guerresromaines, vérité dont le résultat contrarie bien nos systèmes de subsis-tance actuels , c’ert que les armées vivoient dans le pays, 8t aux dépensdu pays. 11 faut que la guerre nourrisse la guerre , dssoit Caton dans leSénat j & cette maxime de Caton ctoit, chez les Romains, une maximed’état’ Dès qu’une armée avoit mis le pied chez l’ennemi, c’étoit augénéral, qui la commandoit, à la faire subsister ; Lc celui-là avoit leplus utilement servi la république qui, en faisant la campagne la plusglorieuse, avoit le mieux entretenu son armée, & rapporte, après lacampagne, plus d’argent au trésor public. Delà la solution de cet étatde guerre presque continuel, au milieu duquel fleurissoit la république.Elle recevoit de la guerre accroissement Sc richesse, comme nos étatsd’aujourd’hui, par la constitution désordonnée de leurs systèmes militaires,cn reçoivent affoiblíssement ôc misere. Scipion portoit la guerre enAfrique; Sc bien loin d’épuiser Rome pour nourrir son armée, les gre-niers de Rome se rcmplissoient des bleds d Afrique. César alloit con-quérir les Gaules, Lc Rome n’entendoit plus pai 1er de lui que par lc bruitde ses victoires. Non-feulement son armee n et m t point a charge à Pétat,mais il enrichissoit cette armée, il faisoit passer des fonds au trésor pu-blic il en réservoir pour ses vastes desseins; u embellissà les Gaules,après les avoir soumises; il y changeoit la face des villes ; il y construi-soit des chemins qui font encore aujourd hui des monumens; avec Pordes Gaules, il preparoit des fers a la Germanie, a la patrie elle-même;8c les Gaules cependant aimoient fa domination. Nous n’avons pas Partde conduire des guerres ainsi; mais revenons à celui qui fait l’objet demes recherches.
J’ai eu tort de dire qu’il n’existe pas un morceau dans Phistoire où ily ait quelques détails suivis fur la maniéré dont les Romains faisoientsubsister leurs armées. J’en retrouve un : c’est le détail de la belle cam-pagne de César cn Afrique, contre les lieutenans de Pompée. Ce mor-ceau précieux, mis au jour &c restauré par Guichard, prouve combienletir science de subsistances étoit différente de la nôtre ; combien elleétoit plus simple dans ses moyens , plus hardie dans ses combinaisons,& moins gênante pour les opérations. César descend en Afrique avecquelques légions seulement; il s’y trouve fans vivres, fans magasins, fansplaces de guerre. Une tempête a disperse Lc éloigné la plus grande partiede fa flotte. Les ennemisl.fe rassemblent de toutes parts; il a contre luiles Numides infatigables, Lc bien autrement harcelans que nos troupeslégeres actuelles. II se retranche au bord de la mer ; dela, pied à pied,