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Tome second.
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n0 ESSAI GENERAL

Les généraux faisoient eux-mêmes l’office de munitionnaires. Le duc deRohan , dans son parfait Capitaine , en détaille les fonctions. II s’élevecontre quelques-uns qui avoient proposé de confier ces détails à des per-sonnes non militaires j comme si, dit-il, pourvoir à ce que l’armée vive,ne faisoit pas partie de Fart de la conduire.

Ce fut sous la fin du régné de Louis XIII, Sc fous Louis XIV, que,les armées francoifes s’organifant avec plus de perfection, les subsistancescommencerent a y être délivrées régulièrement aux troupes. Les détailsdes subsistances ceílerent en meme temps d etre dans les mains des mi-litaires. Si les généraux curent la mal-adresse de s’estimer heureux d’enêtre débarrassés, les ministres les virent, fans doute avec plaisir, entrerdans leur départements parce que cela leur assujettit, en quelque forte,les opérations ct les généraux.

Les subsistances de nos armées ont été depuis, tour à tour, administréespar entreprise Sc par régie. M. de Louvois fut le premier ministre quicommença à donner de l’extension Sc de F importance à cette branche dedétails, jufques-là regardée comme très-subalterne. Elle le devenoit moinsen effet par le changement qui s’étoit fait dans le fy sterne de guerre,par F augmentation prodigieuse des armées Sc de leurs attirails, par l’ef-pece de la plupart des campagnes qui fe passoient toutes en sieges. J’aidit ailleurs comment dès-lors il ne fe fit presque plus, de part Sc d’autre,ce que j'appelle la grande guerre. La science parut consister à opposerplace à place, magasin à magasin. L'amas des approvisionnemens, pré-caution íage, quand elle a fes bornes, etoit dégénéré en manie chez M.de Louvois. II en avoit fur toutes les frontières. 11 prétendoit par-làtenir dans fa main tous les moyens des opérations, 6c décider les plansde campagne. II les décidoit en effet. Ses adulateurs l’appelloient le gé-néral des généraux. Je ne prétends pas dire que M. de Louvois n’eûtdu génie, qu'il n’ait rendu de grands services aux armes de Louis XIV;mais pour quelques succès passagers, auxquels contribua, pendant fa vie,fa prépondérance de génie, ct fa supériorité à manier le nouveau sys-tème de guerre, sur les cabinets des autres puissances, il occasionna parla fuite de grands maux. II trompa Louis XIV fur fa puissance réelle ;il introduisit un genre de guerre désastreux pour la population ct pourles finances; il augmenta les armées, les dépenses ; oc, n’ayant pas furcela des moyens supérieure au reste de l’Euvope , il n’y gagna rien ; ilforça seulement les autres princes à fe liguer contre Louis XIV, ct àruiner leurs états comme lui. .

Après la mort de M. de Louvois, Louis A1V eut de mauvais ministres,ct des généraux plus mauvais encore. Cependant la routine étoit prise& adoptée par toute F Europe ; il n’étoit plus possible d’y rien changer.Obligée de faire face par - tout, la F rance fe trouva accablée fous unedéfensive malheureuse. II est inoui, ce que les nouveaux systèmes desubsistances, introduits par M. de Louvois, couterent alors de millionsau royaume. II n’y avoit pas de,bataille perdue, ou de ville prise, qui