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Tome second.
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m ESSAI G E N E R A L

il y en a mille qui porteront le gain au-delà des espérances supputées.Toute entreprise, calculée ôc conduite par des gens de tête, doit doncleur prospérer. Leurs gains seront moins considérables, en raison de cequ’ils seront moins avides, plus honnêtes, plus exacts dans leurs four-nitures ; en raison de ce qu'ils se rapprocheront le plus <les principesde la compagnie dont j'ai parlé ci-dessus. Mais ll ces associations d’en-trepreneurs íont mal composées, alors les gains deviennent illicites Lcimmenses ; alors s’ensuivent les fournitures de mauvais aloi, les dépré-dations, les pertes supposées ou exagérées aux dépens du Roi, les tauxprocès-verbaux, &c. Alors accourent de toute part, attirés parst’appasde la fortune, le protège , 1 intriguant, 1 usurier ; ils fe réunifient, ilspénètrent dans les bureaux 8c dans les anti - chambres de la cour ; ilsproposent des parts, des intérêts: ils trouvent des appuis. Tant de gensfont avides dans un siécle de luxe 8c d’intrigues ! Le mini lire elt séduitpar l’offre d’un marche a plus bas prix, il consent à l’cntreprise. Cetteentreprise se sous-serme, passe en deux ou trois mains, ôc finit enfinpar tomber dans celles d’un homme qui, pour ne pas íe ruiner, poursuffire à toutes les rétributions qu’on lui a imposées, elt forcé dc malremplir le service dont il elt chaige.

Frappé de la vérité de ce qu on vient d expoier, quand il n’y auroitpas d’autres raisons qu’on donnera ci-après , un gouvernement éclairé de-vroit donc s’abítenir dé toute forte de maiches pai entreprise. II le dc-vroit, afin de fiiire, pour l’état , lc profit que les entrepreneurs fontpour eux-mêmes ; afin d'ôter à les alentouis toute tentation dc corrup-tion ; afin d’éviter au public l’éclat de ces fortunes indécentes, élevéespar la voie des entreprises ; afin d’empecher la gangrené que l’excmplede ces fortunes apporte aux mœurs publiques. Un dilemme sûr devroitêtre , à cet égard , la base dc la conduite du gouvernement. Si la so-ciété’ , qui íe propose pour une entreprise , est composée de gensde probité 8c de lumières , il n’y a qu’à rétablir administratrice del'objet en question , pour le compte de l’état ; il n’y a qu’à en en-courager les membres , par le juste salaire de leur travail , par des di-stinctions flatteuses , par les ressources de l’honneur , qui , bien em-ployées , remuent plus les hommes de ce genre , que l’intérêt. Si la so-ciété , qui s’offre, est composée de gens douteux ôc inconnus , il fautla rejeter -, il y a presque toujours à perdre , avec des gens sulpects ,2c rarement à gagner avec des gens qui n’ont pas été mis a l’epreuve.

Mais , dira-t-on, il y a des maux inévitables. Toutes les nations del’Europe font des marchés par entreprises, pour différens objets de leuradministration. Qu’on lise les journaux du parlement d’Angleterre, onverra combien les subsistances de l’armée du prince Ferdinand ont coûtéaux Anglois, pendant la derniere guerre. Tout s’y faisoit à prix d’or ,ÔC avec des déprédations inouïes. Les Autrichiens avoient, la guerre der-niere , des entrepreneurs. Le roi de Prusse lui-même a souvent eu re-cours à cette voie.

* Mais