DE T A C T I Q^U E. Partie II. m
commander aux subsistances, ce font les fobsistances qui ont commandéaux opérations. Je le répete, je n’ai personne èn vue ; íi je peins desabus qui n’ont pas existé, ce font des abus qu’on peut craindre.
Si un général régissoit lui-même ses subsistances, ou qu’il eût fouslui un régisseur habile, 6c qui parût avec lui du même système, ilscombineroient ensemble le moment des achats, l’efpecc Sc la quantitédes matières à fe procurer, les lieux où doivent se faire les achats , ceuxoù il faut les depoíer, £í?í. Une infinité de vues économiques ou mili-taires doivent influer fur ces objets étrangers à la guerre en apparence.Le moment des achats n’est indifférent, ni relativement au prix des ma-tières, ni relativement aux indices que l’ennemi peut en tirer. L’cspeceLc la qualité des matières le font encore moins, puisqu’elles doivent êtrecombinées fur remploi qu’on en doit faire. II en est ainsi de l’empla-cement des magasins, il faut les asseoir relativement aux opérations pro-chaines , ou éloignées, qu’on médite , relativement aux opérations ex-traordinaires aux quelles on peut être forcé. Le choix de ces emplace-mens peut donner l’éveille, ou le change, à l’ennemi. Les circonstancesdoivent quelquefois aussi déterminer à faire des approvisionnemens dansun pays plutôt que dans un autre. Si l’on peut faire ces achats dansson propre pays, Lc que cela ne nuise d’aillcurs à aucune vue militaire,il faut le préférer, trouvât-on à acheter les mêmes matières à meilleurcompte chez l’étrangcr (a). Si l’on est fur la défensive, on épuise lespays qui font entre l’ennemi 8c foi : si l’on est fur l’offensive, on lesménagé. Dans tous les cas, on ménage, autant qu’il fe peut, le paysqui est derriere foi, & celui où les opérations peuvent conduire : à plusforte raison les ménage-t-on, si l’on y doit asseoir ses quartiers, si, parla position des choses, ce pays est ami ou doit nourrir long-temps far-inée. Par la raison opposée, on le ménage moins, s’il est étranger, ousi l’on prévoir être obligé de l’abandonner. Enfin plus ou moins ménager,plus ou moins épuiser le pays où l’on est, 8c celui dont on est entouré,a raison des événemens qu’on médite 8c qu’on prévoit, c’est, commel’on volt, une partie de la science des subsistances, fur laquelle les com-binaisons militaires doivent considérablement influer.
Si l’on me reprochoit de répéter des vérités connues , combien nepourrois-je pas citer d’exemples qui prouveroient que, si elles le font,
(s) On Çite, avec raison, ce trait de prévoyance de M. de Lotivois qui, dans lespréparatifs de la guerre de 3 fit faire secrètement tous les achats en Hollande,& mit par-là les Hollandois au dépourvu , quand ils voulurent former des magasinsà leur tour ; mais pour cette occasion, & quelques autres encore, où il est avanta-geux d’acheter chez f étranger, il Test presque toujours de consommer les denrées del'on propre pays. C’est une considération à laquelle ne peuvent pas se prêter des en-trepreneurs. Car leur intérêt est de prendre où ils trouvent à meilleur compte. Unerégie éclairée regarderoit où elle verse l’areent du Royaume , & elle sentiroit qu’ilvaut mieux tirer à haut prix des matières d’Alsace , ou des trois Evêchés , que de lesacheter a un prix plus bas en Hollande ou en Allemagne.
Tome II. o