EN ESPAGNE. Sect. IV. 141
Cette pratique nous est rapportée par Tite Live lorsqu’il parle des arrangemens du Dic-tateur T. Quinctius Cincinnarns pour attaquer les retranchemens desEques qui avoientenferme' les légions de Minurius un des Consuls de cette anne'e. L’armée étant a por-tée de l'ennemi & le Dictateur ayant reconnu fa position, il ordonna aux Tribunsdes soldats de faire jetter les hardes dans un seul endroit, & puis de faire rentrer les sol-dats avec leurs armes & avec leurs palissades chacun dans son rang. Tribunis milì-tum ímperavìt , ut sarcinas in unum locum conjici jubeant, milite m cum armis vallo -redire in ordines Jìios. Nous voyons ainsi en cent endroits de lite Live & d au-tres auteurs, que Tordre de déposer les charges dans un seul endroit précédoit les dispo-sitions que les Ge'néraux faisoient pour la bataille. Les bagages de tous les soldats étantainsi rastemblés, il y avoir fans doute encore des réglemens pour les valets de 1 arméequi pendant la bataille restoient auprès de ces bagages & en avoient 1 inspection. Jo-sephe comme on Ta vu ne peut pas assez louer leur discipline &leur expérience. Il falloitcependant nécessairement que la plupart de ces bagages tombàfíènt entre les mains de1 ennemi, toutes les fois que la bataille étoit perdue : comme on fait que cela arriva or-dinairement.
Pour éviter ces inconveniens, & surtout pour rendre les soldats plus lestes & mieuxen état de soutenir les fatigues d’une longue marche, les Généraux s’avilerent quelquefoisde les débarrasser entièrement de leurs fardeaux, soit en les obligeant alaifíèr tous lesbagages en arrière, fous la garde de quelque troupe, soit aussi en les faisant porter pardes bêtes de somme & par des valets qui suivoient à certaine distance la marche de 1 ar-ttiée. Et c’étoit pour lors, que les troupes étoient dites marcher degagees ou expeditce >de sorte que cette expression n’a rapport, qu’au menu bagage, dont on les débarrasisoit dans certaines occasions pendant la marche.
Quand les armées campées en présence Tune de Tautre ne faisoient que sortir deleurs camps pour se livrer bataille, on conçoit bien, qu’il n’étoit pas alors question decharger les soldats d’autres fardeaux que de leurs armes. Ce ne fut donc que dans lesgrandes expéditions & dans les marches critiques pour chercher 1 ennemi, ou il n etoitpas possible de sc passcr de bagages, & où pourtant ils auroient causé le plus grand em-barras , qu’on eut recours à cet expédient de soulager le soldat de sc charge ordinaire,^ de marcher en légions ou cohortes dégagées, legionibus vel cohortibus expeditis.
En certaines occasions la plus grande partie de T armée marchoit comme de coutu-me , l es soldats ayant leurs épaules chargées de leurs hardes & de leurs vivres, & il n yavoit que quelques cohortes qu’on en débarrassoit, pour les employer particulièrementaux avant & aux arrièregardes. Ainsi les légions d’Afranius ayant la cavalerie deCésar sor l es so as , j} n ’y eut que les cohortes de l’arrièregarde qui marchèrent déga-gées de leurs bagages. César même qui se vit extrêmement incommodé dans ses mar-ches en Afriqu e par l a nombreuse cavalerie légere de Labienus, jugea à propos de fairesortir de chaque légion trois cens hommes & leur fit ôter les charges qu’ils avoient por-tées. Allégés de cette manière ils firent face fans peine aux cavaliers ennemis, de sorte
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Lib. III.Ch. 28.
Bel. Cir.Lib. LCh, 79.