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Vol. I.
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V. la CartePI. VIII.No. i.

ï58 :GUERRE DE CÉSAR

être enfermés; quoique depuis forage qui rompit les ponts [de César, ils eus-sent été les maîtres de passer la Segre & de tourner leur pas, partout où &l’auroient voulu, fans qu’il eût été possible de s’y opposer; parce que rien neles engageoit pour lors à abandonner à f ennemi la ville de Lerida & les dé-pôts de vivres qu’ils y avoient assemblés. II semble même qu’il fut de leurintérêt, de ne pas perdre devuëleur ennemi, pour être toujours à portéede profiter des occasions que le triste état de ses affaires pouvoit faire naîtreà tout moment. Mais, lorsque par une révolution inattendue, la face desaffaires changea tout à coup, lorsque la défection de plusieurs peuples en de-çà de l’Ebre eut fortifié le parti de f ennemi, & qu’ils le virent fe mettre endevoir de tirer parti de tousses avantages, on est saisi d’étonnement de voirde vieux Généraux tels qu’ Afranius & Petreius, laisser échapper f occasionla plus aisée d’exécuter leur plan & cette marche dans la Celtibérie par laquel-le ils réduisoient à rien tous les grands exploits de leur adversaire. II ne s’a-gissoit pourtant que de faire passer la Segre à farinée, & de marcher septpetites lieues de France pour gagner les bords de l’Ebre, qui n’étoìentqu’à cet éloignement de leur pont de pierre fous Lerida. Inexécution dsces mouvemens auroit été f affaire d’un jour, & la chose la plus aisée,vingt quatre heures plutôt. Elle devint difficile & presqu’impossible, dès queles Généraux de Pompée eurent laislé échapper mal à propos ce temps pré-cieux : & par là ce malheureux délai causa la perte des Eípagnes 6c la ruinedu parti Républicain. Les circonstances de cet événement si singulier 6c sidécisif, ont de tout temps fixé f attention des militaires 6c des connoií-seurs.

Pendant le temps que les soldats de César s’occuperent à creuser les canauxpour détourner une partie de la Segre, les Généraux de Pompée firent de leurcôté les préparatifs pour leur départ. Dans ce dessein ils commencerent, parfaire passer la Segre à deux de leurs légions, & leur firent occuper la hau-teur qui fe trouve à f autre bord, environ vis-à-vis de celle qu’occupe laville de Lerida. Elles y prirent un camp très fort par son assiette, ôcs’y retranchèrent soigneusement, en élevant le rempart à douze pieds dshauteur. Cette démarche ne fit proprement rien juger des vues des Géné-raux de Pompée, elle sembloit plutôt indiquer qu’ilspensoient à soutenir leurposition. Un bon poste de f autre côté de la riviere, leur auroit été de touttemps d’une grande utilité pour s’assurer la communication avec le pays voi-