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Vol. I.
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i 7 4 'GUERRE DE CÉSAR

précisément au ruiíïèau la quantité' d’eaux qui restoít encore à ôter à la riviere, & com-me cette maíse d’eaux ne pouvoit être plus considérable, le lit que le petit ruisseau der-rière son camp avoit creuse' suffisoit peut-être déja seul pour les faire couler à la basse 1Ségre du côté d’Aytone ou il se décharge.

Tout ce travail dont j'ai fait l’exposé aussi succinctement qu’il m’a été possible, |quoiqu’il paroisse d’un détail immense, ne surpassoit pourtant pas les moyens & le tempsque Céíàr avoit pour lors ; il n’est pas même fort extraordinaire en le comparant auxouvrages que ce grand homme a exécutes dans d autres occasions. Il y employa touteson armée, & à ce qu’il dit lui même, avec tant d’aísiduité, qu’elle y vaquoit mêmependant la nuit. Summo labort militum, continuato diem noclemque opéré. Elleétoit de trente mille hommes d infanterie légionaire, ou de six légions, outre les trou-pes légéres: il faut y ajouter un grand nombre de valets d’armée & d’autres gens qui l’a-voient accompagné dans cette expédition, comme cela paroit encore par ce corps desix mille hommes qui ne le joignirent qu’avec le dernier convoy. On fait qu’il avoit au-trefois assemblé à Alésie, & encore devant Marseilles un nombre prodigieux de pionnierspour servir de manœuvres dans Pexécution des grands ouvrages qu’il entreprit pour lors.

II n’y a aucun doute qu’il n’en ait également ramassé en cette occasion de tous côtés.

II est très possible, qu’il y ait eu près de cinquante mille hommes d’employés à ce grandremuement de terre qu’il fit ici.

Quant au temps, il en avoit assez pour entreprendre & pour exécuter un travail decette importance. II dit d’abord que ses soldats s’en étoient occupés depuis certaintemps, & qu’ils l’avoient presque conduit à fa sin, His pœne effeâis; lorsqu’Afranius &Petreius commençerent à craindre, que maître de passer la riviere à gué, il ne les ref-létât si bien dans leur camp qu ils n auroient plus aucun moyen de le procurer la subsistan-ce. II ajoute ensuite, que cette appréhension leur ayant fait venir l’idée de décamper,ils avoient commencé par faire paílèr la Segre a deux de leurs légions pour occuper unehauteur au delà de la riviere, & par faire assembler un grand nombre de bateaux furl’Ebre, dans le deííein d’y jettes un pont, & de paílèr dans la Celtiberie pour y établir lethéâtre de la guerre. César donne assez a entendre, que plusieurs jours s’étoient écou-lés avant qu’on fut parvenu à raílembler les bateaux nécessaires & à achever le pont.Lorsqu’à la fin on eut au camp d’Afranius des nouvelles sures que le pont íur l’Ebreétoit prêt, il marque que pour lors premierement toute l’armée de l’ennemi paílà la Se-gre, & qu’elle alla joindre les deux légions dont il est dit expressément qu’elles avoientprécédé Tannée, ces jours passés: quas superiorìbus diebus transduxerant. Toutesces circonstances font voir qu’il y eut du moins une dixaine de jours d’écoulés depuisle moment qu’il mit la premiere main à l’œuvre, jusqu’à celui oh son armée paílà la ri-viere à gué.

Après ces observations fur le temps & fur les moyens dont César pouvoit disposesdans cette entreprise, je devrois prouver encore la possibilité de l’exécution, par des cal-culs furs & fondés fur l’expe'rience. Mais ces calculs m’entraineroient au delà des bot-