EN ESPAGNE. Sect. V.
nés de mes observations, qui n’ont dejà que trop d’étenduë. Je renvoie le lecteur cu-rieux à un ouvrage très détaille que Mr. le Baron d’Arletan Colonel au service du Roi dePrusse vient de composer sur les dissérens expédions que César pouvoit employer pourrendre la Segre guéable. On y trouvera les calculs les plus exacts qui prouvent tousclairement qu’un travail tel que je l’ai détaillé, ne surpassoit en aucune maniéré les facultésdont ce grand homme pouvoit faire usage en cette occasion.
II faut pourtant encore observer que non obstant tous ces avantages, César n avoitPas entierement achevé son travail, lorsque le départ de Tannée ennemie le força depasser la riviere. 11 s’étoit bien convaincu du grand effet de ses dérivations par le passagede la cavalerie qui avoit fans beaucoup de difficulté, traversé la riviere à gué, & au grandétonnement de l’ennemi ; mais il craignit pourtant pour Tinfanterie, qui pour lors avoitencore de l’eau jusqu’aux épaules ; de forte qu’ il heíìta longtemps avant de hasar-der le passage, qu’il exécuta à la fin, encouragé par la bonne volonté de ses soldats , &a l’ai de de toutes les précautions imaginables. Il eft vraisemblable que dans ce mo-ment il n’avoit pas encore achevé le dernier canal qui lui auroit aílùré la baille des eauxau point qu’il savoir projette. II semble au relie que l’écoulement naturel de la riviere,qui à ce que j’ai dit, le fait ordinairement dans ce mois, avoit en partie déja anticipefur le; succès de son travail.
II me reste encore une difficulté à résoudre sur le risque que César paroit avoir cou-ru , en entreprenant de pareils travaux en présence de Tennemi campé sur la hauteurdu Fort deGarden, à une distance de quatre cens pas de son camp. Mais, comme je l’aidéja montré dans une de mes notes précédentes, les précautions ordinaires que lesRéglemens militaires avoient préícrites dans ces occasions, suffisoient souvent soûles, pourlettre une armée Romaine à l’abri de surprise. Le légionaire, en prenant la pelle &k pioche en main, ne quittoit ni son épée ni sa cuirasse: & avant que les tribuns dis-tribuassent Touvrage, toute Tannée se formoit sur le champ de bataille que les Gé-n “raux avoient choiíì, après avoir bien calculé le temps néceílàire pour y raíîembler lestroupes, & celui qu’il falloit à Tennemi pour y arriver. Les soldats, avant de se répan-d*' e , plaçoient leurs boucliers & leurs pilons en rangs & files fur le terrain où ils avoient®té en bataille; & si le voisinage de Tennemi donnoit quelque ombrage, une bonneP a rtie de T armée restoit fous les armes, tandisque l’autre vacquoit à 1 ouvrage. Ici Cé-tar fe crut dispense de cette derniere précaution, vû que son camp fortifié se trouvoite ntre celui de Tennemi & Tendroit où il fit creuser la terre, de sorte qu’il servoit depoint de ralliement aux troupes, & qu’il protégeoit suffisamment les ouvriers, en cas queEnnemi e ût tenté de les troubler. La formidable cavalerie de César, en so postantdans la plai nC) au devant des travailleurs, entre la ville & le camp, ne les rastura pasmoins, & en imposa assez à Afranius, pour lui faire perdre l’envie d’engager quelque corn-ât. Au reste les Lieutenans de Pompée ne pensoient dans ce temps qu’à leur retraite,les deux légions détachées d’avance, démontroient assez qu’ils avoient renoncé àtQ ute idée d’agir ossensi
ivement.