Se ct, VI.
E N E S P A G N E.
*79
Une scene aussi singulière, présentée aux yeux de ces vieux soldats,échauffa leur imagination &c leur courage. Voyant les attaques réitérées de Ch. í 4 .ìa cavalerie, il ne laissèrent pas d’observer que ses efforts seuls ne suffiroientpas pour empêcher l’ennemi de poursuivre sa marche. Ils souhaitèrentdonc d’être de la partie, 6c bientôt la riviere qui les séparoit des combat-tans, leur parut aussi guéable pour eux, qu’elle l’avoit été pour les cavaliers.
Us marquèrent leur dépit 6c leur chagrin, de ce qu’on n’osoit pas la leuríaire passer à présent pour prêter la main à la cavalerie, 6c tirent des plain- Ch. 64.tes bien ameres de ce qu’on prolongeoit la guerre fans nécessité, en laisfaut à l’ennemi le temps d’échapper de leurs mains; ils ajoutoient, que s’il réufisissoic à passer l’Ebre avant eux, il faudroit le chercher ensuite dans le cœurde la Celtiberie, au milieu de nations barbares 6c ennemies. Bientôt on vitces vieux légionaires s’attrouper dans tout le camp, 6c solliciter les Centu-rions &. les Tribuns de leurs légions de représenter de leur part à César qu’ilne devoir épargner ni leurs peines, ni leurs vies, qu’ils étoient prêts à toucentreprendre, 6c qu’ils ne manqueroient pas de courage, pour oser traver-ser la riviere au même endroit où la cavalerie l’avoit passée.
César étoit trop intéressé à profiter sans délai de la bonne volonté de sestroupes. II est même vraisemblable, qu’il fomenta parmi eux cette fermen-tation pour exciter leur ardeur, 6c qu’il fit semblant de céder plutôt à leursdefirs, que de íe servir de son autorité pour les engager à une entreprise quilui parût peut-être dans ce moment plus dangereuse qu’elle ne l’étoiten ef-fet. II dit lui-même, qu’étant touché 6c ébranlé par l’affection 6c par les plain-tes de ses soldats, il crut devoir tenter l’avanture, 6c éprouver ce qui en pour-suit arriver. II prit pourtant en même temps toutes les mesures nécessairespour réussir.
Il commença, par faire sortir de chaque Centurie ce qu’il y avoit desoldats moins robustes de corps, 6c même ceux dont la réputation de valeur
Quorum studio vocìkis excitât us Cafar,ctfi tìmebaî tantœ wgnitudinis fluminì excrci-tum objieerc , conandum tamen, atque experien-,dum iudicat. itaque tnfirmiores milites ex om-nibus Centuriis deligi iubet, quorum aut animustut vires videbantur justinere non P°JJ e » H° sci»» legione una prxstdìo cafirìs rclinquit, Reli-
quas legiones expedit-as ’educit; magnoqiie nu-méro jlimentorum in jlumine jiipra atque infraconftiiiito , transducit exercitum. Pauci ex hismìlìtibus vi fluminìs abrepti ab equitatu excì-piuntur ac Jïiblevantur : ìnteriit tamen nemo.Transdticlo incolumi exercitu, copias instruit ;triplicemque acìem ducere incipit,
Z a