EN ESPAGNE. Sect. VI.
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„Dans l’absence des deux Généraux, dit-il, leurs gens trouvant une« occasion favorable pour parler aux nôtres, sortent en foule de leur camp,rappellent ceux qui sont de leur connoissance, ou de leur pays, les re-«mercient d’abord de les avoir épargnés la veille dans la consternation où„ils étoient, avouant qu’ils leur doivent la vie: ensuite ils leur demandent, s’ils«peuvent compter fur la clémence de César, regrettant de n’y avoir pas eusecours plutôt, & de n’avoir pas porté les armes avec leurs parens & leurs«Amis. De discours en discours, ils demandent assurance pour la vie d’A-«sranius & de Petreius, afin qu'on ne puisse pas les accuser d’avoir voulu se«charger d’un crime aussi noir que celui de les trahir ; & sur la parole qu’on«leur en donne, ils s’engagent à passer auííìtôt dans le parti de César & lui«députent leurs principaux centurions, pour convenir de tout avec lui. En«attendant ils passent dans le camp, les uns des autres ; de forte que les deux«armées ne p aroifíént plus former qu’un seul camp: plufieurs même des Tri-„buns militaires & des centurions se rendirent auprès de César pour lui de->,mander sa protection. Les principaux d’Eípagne qu’ils avoient fait ve-«nir dans leur camp, & qui y étoient comme en otage, en firent autant;«chacun cherchoit des connoissances ou des protecteurs qui le présentas*«sent à César. Le fils même d’Afranius qui étoit alors fort jeune, avoit«engagé Sulpitìus Lieutenant de César, à demander sa grâce & celle de son«pere. La joye regnoit dans les deux camps: les uns se sélicitoient d’avoir«évité un fi grand danger, les autres d’avoir fini une affaire si importante«fans avoir répandu de sang ; & César recueilloit au jugement de tout le mon-«de un merveilleux fruit de la clémence & de la douceur qu’il avoit fait paroi-,)tre le jour précédent: enfin sa conduite avoit l’approbation générale.,,„Afranius, averti de ce qui se passoit, quitte les travaux, &c revient« au camp, disposé à ce qu’il paroissoit, à supporter avec patience & tran-«ssuilité tout ce qui pourroit arriver. H n’en est pas de même de Petreius ; il«prend son parti en homme décidé, arme ses domestiques; y joint une co-«horte Prétorienne Espagnole, avec quelque cavalerie barbare qui lui étoit«dévouée & qui lui fervoit ordinairement de garde (XII), vole sur le«champau x retranchemens, interrompt les entretiens entre les soldats, chasse« es nôtres de so n camp, & passe au fil de l’épée ceux qui se laissent íur-«prendre. Les autres se rassemblent; <5c dans un péril aussi pressant, enve-» oppent leurs bras gauches de leur manteau (XIII) & mettant l’épée à