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V. Il n est point permis encore aux François de porter en Angle-terre des dentelles d’or & d’argent , de foie & de fil, à peine deconfiscation> & si l'on y en porte, il faut que ce soit très-secrement,Sc pour cela il en coûte plus de cinq pour cent qu’il faut paier à diver-ses personnes pour les face entrer en cachette.
VI. II y a à Londres une Compagnie de Négocians qui achetent &vendent aux Etrangers toutes fortes de marchandises, à l'exduíìon detous les particuliers Négocians Angloisj deforte que j allant par les mainsde cette Compagnie , ils lfachetent les denrées & marchandises queles François transporteur, qu’au prix que bon leur semble , & leurvendent celles d’Angleterre ce qui leur plaît ; & cette Compagnieleve fur les marchandises qui se transportent en France un droit, outreles droits de sortie, pour emploïcr aux affaires communes de la Com-pagnie, & pour maintenir Lur privilège. 11 y a encore un droit qu’ilsappellent d esclavage, fur les marchandises qui entrent & qui sortentpat mer, qu’ils ne se font paier qu’aux François, & encore des droitsde quayage & survoyeur.
VII. II n’estpas permis aux François de vendre leurs marchandises enmagasin, ni en chambre, ni ne peuvent les vendre aux Marchands Forains, ni en acheter d’eux; mais feulement àufmdwyjon, c’est-à dire,du franc-bourgeois > il ne leur est pas non plus permis de vendre dausles halles, foires & marchez.
VIII. Les Anglois lônt si attachez à leur profit, que Ichique lesFrançois portent des marchandises en Angleterre , ils le; obligent dedonner bonne & suffisante caution , d’emploier l’argent de 1a vented’icelles en achat d autres marchandises peur ies raporter en France; Scsi un François jugeqj’ilauiaplus grand avantage de remettre cn Fian-ce son argent, aulieu d’a.hcterdes'matchandiíes, ii a toutes les peinesdu monde à obtenir la décharge des cautions par lui données, Sc nel’obtient gueres qu’il ne lui en coûte beaucoup d’argent.
IX. II n’estpas permis aux François de prendre telles personnes quebon leur semble pour embaler leurs marchandises, ils font obligez deprendre ceux qu’il plaît aux Fermiers de Sa Majesté Britannique leurdonn r; deforte que par cemoïcn leurs aftaires ne font jamais sécrétés,Sc il leur en coûte davantage pour l’embalage.
X. Si les François vendent leurs marchandises au poids , ils fontobligez de les livrer & faire peler au poids du Roi, Sc s'ils en ache-tent, il faut quils les prennent au poids du Marchand qui les a ven-dues, à caillé qu’il est plus foible que le poids du Roi; ce qui est unechose brin déraisonnable, & contre la bonne foi.
XI. Depuis que les François ont une fois déchargé leurs marchan-dises en Anglcteire, il ne leur est pas permis de les taire transporter enFrance, ni en d’auties Etats, fan, en paier encore une fois les droitsde sortie, ce qui est très-ínjuste; & d’autantplus que les Anglois nefont pas ainsi traitez en France, & il n’y a que les Anglois qui puilltnttransporter hors du Roiaume dans l’an & jour qu’ils ont fait entrerleurs marchandises, fans en paier aucuns droits de sortie.
XII. Sur tous les mauvais traitemens ci-deslìis representez, il n’y apoint d’cgal à celui que l’on fait aux Marchands François qui transpor-tent des vins en Angleterre; car il ne leur est pas permis de les vendreaux Tavernitrs; mais feulement a ceux qui sont de la Compagnie,qui cn donnent tel prix qu’il leur plaît, & le pourvoieur du Roi peutfaiie le choix des vins qui font nécessaires pour la maison du Roi, &m..rqucr tout le meilleur, & à tel prix que bon lui lcnnble; desorteque ne restant que le rebut, les Négocians y perdent ceníidérablemt ntpour s’en défaire: c’cíl la raison pour laquelle les François ne trant-portent gueres de vin en Angleterre, partLulierement ceux qui y ontété une fois attrapez.
XIII. Les E.ançoís sont traitez si rigoureusement en Angleterre,qu’il ne leur est pas permis de charger leurs navires a fret pour que-qu’autre Nation, au préjudice des Anglois ; car si un François avoircliargé de la marchandise dans Ion navire pour un autre Etranger, Scqu’il se présemât un Anglois qui voulût fréter pour le même lieu, ilferoit décharger le navire François pour cha:ger le lien, qui est assu-rément un rude traitement.
XIV. Pour ce qui regarde le traitement personnel des François, iln’y a rien de plus rude^ni de plus extraordinaire ; car un Françoisqui arrive en Angleterre > on lui fait paier un chelin de tribut, &trois chciins pour la sortie de ce Roiaume, fans comprendre les autresdroits qu’exigent les gens de marine , fans aucune commission duPrince, par force Sc par violence.
XV. Les François qui meurent en Angleterre, font obligez de faireleur testament ; autrement leurs biens demeurent au Roi.
XVI. Les François demeurans en Angleterre, quoiqu’ils ne soientpoint naturalisez, ne lailíènt pas-d ctre enrôlez dans les Registres du Roi,qui est comme une efpece de taille, & sont taxez à une certaine somme,comme s’ils croient naturels du Pais ; & quand il fe fait une levée ex-traordinaire, on les taxe le double davantage que les Anglois.
XVII. II n’est pas permis aux François de fe faire naturaliser cn An-gleterre, soit pour l’intérêt du Roi ou de la Religion, à moins de don-ner bonne & fuffilánte caution de garder la bonne foi dans toutes lesaffaires qu’ils pourroient négocier en Angle» rre.
XVIII. Enfin, l’on ne peut dire par le détail les mauvais traitemensque les Marchands François reçoivent en Angleterre: car ils ne peuventpas feulement avoir justice contre les Négocians Anglois ; au contraire,pour la moindre chose que fera un François, il est cruellement traité,& traîné avec infamie & scandale cn prison ; & tout cela vient,comme il a été dit, de l’humeur cruelle Sc barbare qu’onc ces Insu-laires pour les Etrangers, & particulièrement pour les François.
Cette Nation est ii avare, & íi convoiteufe d’amaílèr du bien, qu’ils fontau désespoir quand ils voient des Négocians Etrangers , Sc particu-lièrement les François , gagner quelque chose, & faire fortune aveceux.
Pat tout ce qui a été dit ci-deffus, l’on volt que pour faire le com-merce en Angleterre il faut prendre beaucoup de précautions pour ybien réussir.
II a été dit ci-devant que les François paient cn Angleterre le doublede dioits fur les marchandises qui y entrent & qui en sortent, plusque les naturels du Pais, Lc qu’il ne leur est pas permis de vendre leursmarchandises dans les halles & les foires , ni dans les magasins > niaux Marchands Forains d'en acheter d’eux, & qu’il saur qu’ils fe ferventd’un franc-bourgeois pour faire I’achât Sc la vente des marchandiícs jc’est pourquoi il faut que ceux qui voudront négocier en Angleterre,soit pour y transporter ces marchandises de France, ou en d’autresPaisEtrangers, choisilfent un Négociant à Londres pour faire leurs com-missions > asin d’évitcr toutes ces difficultez.
Mû. i! faut observer que les Anglois font méfians, & si attachez à ■leurs intérêts, que dès le moment qu’ils ont acheté les marchandisesqui leur font commises par les François , ils tirent Lettre de changeíi r les Commcttans > avant que de les faire charger dans les navires.
Commerce de Milan.
L’on tire des soies toutes apprêtées pour nos Manufactures dc France,de For trait & filé, des velours fond de latin , à grandes fleurs dçsoie, Sc à fond d or & d argent. Sc autres sortes de marchandiícs dcdraps de fore, qui font fort belles.
Commerce de Genes.
L’on tire de Genes des soies greges & en matasse , qui sont ache-tées particulièrement par les Tourangeaux, propres pour leurs Manu-factures ; des velours pleins, tant noirs que de couleur , velours fa-çonnez à fond de satin, à grandes fleurs, comme aussi de fond d’orSc d’argent; mais ils ne font pas si beauxquecetrx de Milan : des da-mas de toutes couleurs très-beaux, des latins, des tabis, & de tou-tes sortes dc marchandises de draps d’or , d’argent & foie ; des den-telles de fil, que l'on appelle point de Ccnes rimais depuis qu’il s’er»est établi une en Fiance, il en vient à présent fort peu; la raison enest, qu’ils font plus fins & à meilleur marché en France qu’à Genes ;il se tire encore de certe Ville des olives, de l’huile, de toutes forcesde confitures lèches & glacées fort belles.
Commerce dt Boulogne.
L’on tire de Boulogne des satins pleins , grand nombre de foiestoutes apprêtées, c’est-à dire, moulinées, prêtes à mettre en teinture,que l’on appelle organsin de Boulogne, des foies greges & cn matas-se , des crêpes pour le deuil; ma's depuis qu’il s’en est établi à Lyonune Manufacture, l’on n’en fait plus gueres venir : des fauchions*mortardelles, vermicelles, Sc autres sortes de marchandises.
Commerce de Modene & Reggio.
II se tire de cet Etat un grand nombre de foies greges & en matas-se , pour emploïcr cn nos Manufactures de France ] dé routes sortes dçmarchandises: il sc fabr ique à Reggio de très-beaux velours à quacrepoils.
Commerce de Lucquts.)
II fe tire de Lucques des damas de routes fortes de couleurs, & desfores greges & en matallè, de l’huile & des olives.
Commerce de Parme.
L’on tire de Parme des foies greges & en matasse, & des fromagesexcelleras.
Commerce de Plorenct.
II fe tire de Florence des satins de toutes couleurs, pîrticulléremcntdes blancs qui font admirables, &que l’on n’a pû juíqu’à présent imi-ter par toute l’Italie, des ratines qui font légeres, & de belle laine ,mais les couleurs n’en valent rien , parce qu’clles font d’un mauvaisteint ; & en effet, quand on les approche du feu, elles deviennent decouleur oranger. Depuis que l’on a fait des ratines à Beauvais , àRouen & à Diepe , Fon n’en fait presque plus venir de Florence,non plu; que de leurs serges drapées noires, dont on fe fervoit au-trefois en France pour porter le deuil, depuis que lesHolkndois oncétabli des Manufactures de Draps, dont ils ont vendu autrefois un grandnombre en France; mais à présent il n’y en vendent plus gueres, par-ce que l'on les a parfaitement imitez en France en plusieurs endroits,particulièrement a Sedan Sc en Languedoc.
Commerce de Venise.
L’on tire de Venise des velours à fond de satin , à grandes fleurs,de toutes couleurs, tant de foie qu’à fond d’or & d’argent, des bro-catelles pour faire tapisseries Sc autres ameublemens, des tabis , tansde foie, que d’or & d’argent , des glaces pour faire des miroirs, &pour ses caroíses, des veires Sí autres vases de trystal fort beaux,des dentelles de fil, que l’on appelle point de Venise ; mais depuisqu’il s’est établi en France des Manufactures de toutes fortes de mar-chandises, ses Marchands n’en font plus gueres venir de Venise.
Commerce du Levant.
Marseille est un des Ports dc France, qui porte son principal Com-merce dans le Levant. On y a établi une chambre de Commerce, àla tête de laquelle fe trouve l’Intcndant de Justice, à qui appartient laconnoíslance des affaires du Commerce. Cette Chambre est un Tribu-nal particulier, composé des E.hevins de la Ville, & d’un certain nom-bre de Députez, qur font les plus gros Marchands de Marseille. Elle estobligée à faire quelques dépenses; elle paie íìx mille livres par an à sonIntendant, comme Juge du Commerce; elle donne des appointemensaux Consuls François, Sc à leurs Chanceliers qui font dans ses Echellesdu Levant. Ces Consuls font proprement des Avocats depée, & lesChanceliers les Notaires de la Nation. Les dépenses extraordinab.esconsistent a fsi.e des préfens aux Bachas qui arrivent dans les Echelles,& à paier les avanies que les Turcs font quelques fois auxTrançms.
Cette Chambre fait <ie grands profits fur ses droits de Consolât que
paient