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Cependant il faut observer qu’en chaque distillation on doit dimi-nuer la chaleur d’un demi dégré, après d’un dégré, pour revenir enfinjuíqu’au premier dégré , que nous avons nommé médiocre. Il estvrai que l'on íèroit d’avis que la premiere distillation fût fur un feu decendres, Sc les autres au bain-marie. Cette fréquente distillation sert àlui ôter le phlegme; c’est-à dire, Fhumeur plus grofîe Sc plus aqueusequi demeure au fond , & qui a coutume de sortir la derniere, aprèsquelle est bien digérée par une fréquente distillation.
Au reste, on connoîtra que l’eau-de-vie íèra allez distillée par cessignes , fi elle revient à pareille quantité d'eau; íi allumée ou enflam-mée elle fe consume entièrement, Sc ne laillé aucune marque d’humi-dité au fond du vaisseau ; si le linge qu’on aura trempé dans l’eau-de-vie, étant allumé, ne fe brûle aucunement; si une goûte d’huile jetteededans va au fond; fi une goûte d’eau-de-vie répandue fur la paumede la main fe consume &sevaporebientôt;sil’ambre citrin enflammébrûle dans l’eau-de-vie; si ie camphre mis en eau-de vie se dtlsout.
II faut auífi remarquer que l’cau-de-vie est distillée quelquefois delie de vin fort bon, non aigre, ni éventé, ou infecté; & souvent bienloin dette pite, elle est meilleure que celle qui est distillée du vin mê-me. Si elle est souvent distillée, elle est plus chaude & scelle quecelle que l’on distille du vin; il est vrai que celle qui est tirée du vinest plus agréable au goût, & d’une odeur qui plaît davantage. Quel-quefois on fait de l’eau-de-vie de cervoise; mais elle n est pas si bonneque celle de vin.
Les vaiilèaux pour distiller sean-de-vie sont divers; à savoir, les cen-dres & sables, posent bon alembic ou retorte dans le bam-marie &la vessie; on la peut aussi distiller dans un chauderon ou pot de cuivreou d'airain fait en forme de marmite couvert d’un couvercle, d’oùtort un canal droit, montant en haut Sc courbé en angle , qui pâliepar dedans un sceau plein d’eau fraîche.
Après que l’eau-de-vie fera distillée, il la faudra exposer au soleilquelque tems pour la subtiliser de plus en plus.
On peut distiller de cette maniéré tous jus & liqueurs, comme sanghumain, urine, vinaigre, rosée, lait blancs & jaunes d’œufs, fientede vache ou d homme.
Les vertus de l’eau-de-vie sont infinies ; elle délivre les apoplecti-ques Sc épileptiques de leurs accès; tellement que ceux qui sont sujetsà ces maux en tems d’Híver, doivent tous les matins avaler une cuilleréed’eau-de-vie bien sucrée, & manger un petit morceau de pain blanc.Elle chaste le venin, empêche le vin de s'éventer, de se corrompreSc de fe troubler. Elle guérit toutes les pallions froides des nerfs,mulcles & membres résidais, s’ils en sont fomentez. Enfin elle faitmourir les vers Sc adoucit la douleur des dents.
Autre Distillation de t esprit de vin.
Remplissez de vin la moitié d’une grande cucurbite de cuivre ,couvrez-la de son chapiteau ou réfrigérant, & adaptez-y un récipient;luttez exactement les jointures avec de la vessie mouillée, Sc distillezà petit feu environ la quatrième partie de l’humidité, ou jufqu’a ceque la liqueur qui distillera ne s enflamme plus quand on la présentera aufeu. Le qui fe trouvera dans le récipient est appellé eau-de-vie.
L'em-de-vie est un esprit de vin rempli d’un phlegme qu’il entraîneavec lui dans la distillation; cet esprit monte toûjours le premier, &ainsi l’on fait qu’il n’en reste plus dans la cucurbite quand la liqueurqui distille n est plus inflammable.
On peut tirer de l’eau-de-vie de toutes sortes de vin; mais on entire plus dons les vins de certains Pais que d’auties.
Autre Distillation de ïesprit de vin.
L’esprit de vin est la partie huileuse du vin raréfié par des sels acides.Remplissez à moitié d’eau-de-vie un grand marras à long cou, Sc yaïant adapté un chapiteau & un récipient, luttez exactement les join-tures ; posez votre marras fur un pot à demi rempli d’eau, 8c placezle pot íîir un feu modéré pour faire distiller au bain de vapeur l’efpiitui séparera de son phlegme ce qui montera pur ; continuez ce dégLée feu jufqu’a ce qu’il ne distille plus rien, vous aurez un eíprit devin déikgmé en la premiere distillation.
Vertus de t esprit de vin.
II sert de dissolvant à plusieurs choses dans la Chimie. On en don-ne une demi cuillerée aux apoplectiques & aux létargiques pour lesfaire revenir; on leur en frotte aussi les poignets, la poitrine & levisage. C’estunbon remède pour la brûlure, h l’on en applique aussi-tôt qu’el'eest faite;il est enccre bon pour les douleurs froides, pour lesparalisies, pour les contusions, & pour les autres maladies, quand ilest question de résoudre & d’ouvrir les porcs.
Remarqjues. La commune méthode de faire l’efprit de vin, esten distillant l’eau-de-vie dans un alembic, tant de fois que letprit vien-ne pur. Pour cela on retire par la distillation environ la moitié d’uneuantité d’eau-de-vie, & l’on rejette comme inutile le phlegme quitmeure au fond de l’alcmbic : on distille encore la moitié de l’efpritqui avoir été distillé, & l’on rejette le phlegme; on continue ces rec-tifications jusqu’à ce que mettant le feu à une cuillerée de Fefprit,tout brûle, Sc qu’il ne reste aucun phlegme.
Mais comme cette opération est fort longue, & qu’à peine en huitou neuf fois qu’on a réitéré ces distillations peuc-on avoir un espritde vin exempt de phlegme, quelque petit feu qu’on ait fait. Les Ar-tistes ont inventé uue haute machine, qu’ils appellent serpentin, à causedes circonvolutions quelle fait; on Fadapte fur la cucurbite contenantl’eau-de-vie, 8c le haut fait en entonnoir reçoit un chapiteau, auquelaïant adapté un récipient, & luté exactement les jointures, on met levaitìèau fur un petit feu. Les esprits de vin montent par cette petite cha-leur, mais le phlegme étant trop pèsent ne peut être exalté si haut;ainsi l’on a un esprit de vin dépouillé de phlegme dès la premiere fois.-
D I S.
mais parce que cette machine est difficile à être transporté à la cam->pagne , Sc en d’autres lieux où l’on veut faire de Fefprit de vin, & qued’ailleurs elle est sujette à être dessoudée aux jointures par la violencedes esprits, on a crû le moïenque l’on vient de donner pour faire Fcí-prit de vin plus commode; car pourvûqu’on ait un marias & un cha-piteau , il fera facile de tuer de Fefprit de vin, qui fera aussi bon quecelui du serpentin , & l’on n’a point sujet de craindre que Fefprit sortehors du vailleau par aucun endroit, pourvû qu’on ait bien lutté lesjointures comme nous avons dit.
Quelques-uns néanmoins tâchent de faire rejetter cette méthode dotiret de Fefprit de vin, à caille, difènt-ils, dulongtems qu’il faut cm-ploier pour rectifier un peu d’elprit, Se pour la difficulté qu’il y a detrouver à Paris des vaisseaux bl.n faits, Sc encore plus à la campagne.Mais il y a apparence que ces Meilleurs blâment cette méthode avant quede l’avoir éprouvée ; car s’ils s’éroient donné la peine de la faire com-me on Fa décrite, ils aaroient reconnu qu’avec deux ou trois de cesvaisseaux , on tirera pour le moins autant d’elprit de vin qu’ilsen ti-reront par leur grande machine, &que cet esprit ne fera point sujet àFimpression que lui pourroient communiquer les vaisseaux de cuivreou detain.
Pour ce qui est de la difficulté qu’on prétend qu’il y ait à trouver deces vaisseaux de verre, elle n.’est que pour ceux qui ne veulent pas fedonner la peine de visiter les magasins des verriers, car on y en trou-veroit ; & quoique l’on en emploie allez dans des cours de Cnimic > ce-pendant on n’en a point encore manqué. Mais quand on n’en trou-veioit point de faits, il me semble qu’il est du moins aussi facile d’estfaire faire dans les verreries, comme défait e construire les grandes ma-chines de cuivre ou d’étain dont on fe lèrt communément. On laiebien que ceux qui fe paient plus de la haute apparence que de Fesser,& qui mesurent la bonté d’une opération à l’cmbarras quelle donne àfaire, & à la grandeur des vailkaux 8c des fourneaux qu’on y em-ploie, ne tiouvevont pas ici dequoi fe satisfaire ; mais il m’importepcud’encourir leur blâme, on n’a pas pris à tâche de suivre leur routine.Mon dessein est de faciliter ie, moïens pour travailler en Chimie, Scde la dépouiller, autant que l’on pourra, de ce qui la rend mistérieuícSc cachée.
Maniéré de faire de r esprit de vin sans feu.
Plusieurs pratiquent une maniéré de préparer Fefprit de vin sans feu,qui est rrès-aifée Sc prompte. 11s mettent deux ou trois livres de íèl detartre calciné Sc bien sec dans une cucurbite de verre , ils versent dessusde bonne eau-de-vie bien claire à la hauteur de cinq ou six doigts ; ilsagitent le tout avec une efpatulede bois, puis ils laissentreposerìama-tière environ une heure. Tendant ce tems la le lèl de tartre s’empreinedu phlegme qui est dans l’eau de-vie, Sc Fefprit de vin demeure pur;on le sépare en le versent par inclination , ou bien en le filtrant. IIpeut s’y être mêlé quelque légerc portion de sel de tartre, mais ellene doit pas leur être préjudiciable.
On ne peut pas si bien séparer Fefprit de vin de dessus le sel de tar-tre, qu’il n’y en reste toûjours un peu ; on pourra le retirer, filon enveur prendre la peine, par la distillation au bain-marie; mais alors ilenlèvera avec lui une portion du phlegme. Sc l’on aura une eau-de-vied’une odeur agréable. Le sel de tartre étant séché sur le feu , seraen état de servir comme devant en toutes les opérations ou on a cou-tume de l’empíoïer.
Vertus de l‘esprit de vin.
U est bon pour les léthaigiques Sc pour les apoplectiques, parce qu’ilmet les esprits en plus grand mouvement qu’ils n’étoient : ot commeselon toutes les apparences ces maladies font causées par des obstructionsqui empêchent le cours des esprits dans le cerveau, cet esprit leur don-ne une nouvelle vigueur pour diilòudre ou pour ranger ces viscositeztartareuses qui leur bouchent les pallàges. II résout aussi les tumeursSc les fluxions, parce que non-feulement il ouvre les pores Sc donneissue aux humeurs les plus subtiles pour sortir, mais encore il fondSc raréfié les grossières, afin quelles puissent être enlevées par le mou-vement du sang.
L’efprit de vin est excellent pour la brûlure, pourvû qu’onFaplíqucaussi rot q réelle est faite; car alors il donne ouverture aux corps ignéesqui étoient entrez par les pores pour sortir. Sc s’il y en reste il les liecomme quand on le mêle avec un acide.
Pour la diftillation du vinaigre.
II faut savoir qu’il y a quelque différence entre la distillation dcFeau de-vie Sc celle du vinaigre; parce que le vin est de substance va-poreuse Sc ignée. Sa meilleure vertu consiste en la premiere distilla-tion; c’est-à-dire, à Feau qui est distillée la premiere, tellement quece qui est de leste demeure au vailleau, ne sent quasi que Feau, Scn’a pas grande v.rtu. Au contraire la premiere eau du vinaigre nesent lien, attendu qu’il est plus terrestre par altération dc qualité ; carle vinaigre n’est autre chose qu’un vin corrompu, devenu aigre parputréfaction; ainsi la vraie vertu du vinaigre demeure en ce qui resteau vaisseau > après en avoir extrait la premiere eau. Et par ce moïence qui reste au vin après la distillation faite, doit être appellé phlegme,comme tout ce qui sort tout le premier à la distillation du vinaigre. ,
L est pourquoi pour avoir du bon vinaigre par distillation , aprèsl avoir mis en pareille quantité, ainsi que nous avons dit du vin pourfaire eau-de-vie dans Falembic, il faut laisser distiller le phlegme ; c’est-à-dire, l’humcur aqueuse, Sc la mettre à part en quelque vaisseau sépa-ré; puis quand le vinaigre fera consumé jufqu’à la troisième partie,Sc que l’on sentira au goût que Facétofité viendra , il fera bon de lemettre à part pour s’en servir aux infusions, augmenter quelque peu lefeu, Sc continuer ainsi la d istillation jufqu’à cc que Feau commenceà roussir, Sc à avoir la consistence du miel ou de poix ; Sc alors onpourra le mettre à part pour en user, non pas en Médecine, mais bienaux choses métalliques & corrosives. Car cette eau qui distille la troi-sième sent comme une aduition, Sc est appellée la matière sanguinedu vinaigre,