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leux, qui a la tcte & le sein d’une fille, les ailes d’une chauve-souris,de grandes griffes & la queue d'un dragon. On en voir dans l’Archi-tecture dorique aux gargouilles, encorbellement, culs-de-lampe. L’o-rigine de cette fable des harpies est venue, félon nos Savans, de f am-biguïté de quelques termes Phéniciens, que les Grecs avoient mal en-tendus , de forte qu’au lieu de sauterelles dont il s’agisseit , ils feigni-rent des monstres étranges. C'est ce que je rapporte ici, Sc que M. leClerc a motré d’une maniéré incontestable, ce qui fait voir qu’en plu-sieurs occasions, comme le remarque cet Auteur , l'on fe forme sou-vent des imaginations qui excitent de grandes passions Sc impressionsquoique les causes & les occasions en soient mal sondées & très-Iege-rcsien un mot quelquefois(comme dans cette rencontre) des simpleserreurs de grammaire 8c de philologie. Comme les Peintres & Archi»tectes entrent avec plaisir dans quelque portion de l’éruditioh ancienne,dans les choses 8c points qui ont du rapport à leur art, il ne fera peut-être pas désagréable, fur le point dont il est question , de dire quelquechose des harpies : ce font des oiseaux fabuleux , dont il n’est faitmention que cher les Poètes , qui leur donnent un visage de vierge Scle reste d’oiseau ayant les pieds Sc les mains crochues. Virgile en faitla description au livre troisième de son Énéide.
Trstius hetud ilhs monflrum , nec s&vior ullafejlis , ira deâm ftygtis y sese cxttdit undistyirginet volucrum vultus , ftdijfima ventrisBroluvies ; unc&yui manus & palhda jemper ,
Ota famé,
II n’y a point de mostre plus affreux 8c plus épouvantable, & la co-lère des Dieux n'a jamais élevé du fond dujìeuveinfernal,rien dépluspestiféré & contagieux , un oiseau , qui fous la trompeuse apparenced'une tête de vieige, cache un corps monstrueux & abominable. Voicil’histoirc : Phineus, I<oi de Peonie , ayant perdu la vue & ses fils étantmorts, les harpies ses filles dissipoient son bien, jufqu'à ce que Zethes& Calais les voisins , enfans de Boreas , chailerent ces Dames de laVille & remirent Phineus en possession de ses biens. Ce n’est que dansl’Architecture Gothique que l’on voit de ces fortes de figures mons-trueuses. M. le Clerc a prétendu montrer dans le premier tome dt la'Bibliothèque Universelle, que. la fable des harpies ctoit venue de l'ambi-guïté de quelques termes Phéniciens, que les Grecs avoient mal enten-dus j de forte qu’au lieu de sauterelles dont il s’agiílbir, ils feignirentdes monstres étranges. Le même Auteur Lit venir le mot haip e del’Hcbreu arbeh sauterelle. M. Jurieu a établi les mêmes conjecturesdans son Histoire des Dogmes & des Cultes. M. le Clerc n’avoit pas be-soin de nous voioit persuader que les anciens Grecs entendissent moinsbien les mots Phéniciens que lui, qui est venu tant de siécles après, &qui a eu moins d’occasion de s’informer de la vraie signification desmors d'une langue qui fe parloir alors, que toute la Grece, qui étoiten fréquent commerce avec les Phéniciens. II auroit dfì dire tout sim-plement , que les Grecs avoient pris occasion des sauterelles de Phéni-cie , appellees si vous voulez arbeh , de feindre leurs harpies dépein-tes à lamaniere <fe Virgile, qui en ôtant !'exagérai ion , convient aílezbien à cet infecte : car effectivement les greffes sauterelles ont desailes de crêpe, une tête de femme coeffée, un corps & ventre très-vi-lain Sc plein d’ordure.
yirginei volucrum valtus , se.dtjs.ma ventris ,
Troluvies.
Au teste pourquoi les Grecs à l’occasion d’un tel insecte fi vilain &si abominable , & qui ruine Sc gâte les fruits des grandes 8c vastescampagnes, ont-ils voulu former la moralité de leur harpie; il est bienfacile de répondre , en difànt en généra! , que toutes les fables desGrecs ne font nées que de cette maniéré. II y avoir un lac puant , ilsen formoient leur siyx & fleuve infernal, &c. II n’y a point de fablequ’ils n’ayent inventé fur un fond de réalité, trouvé dans la nature oudans de véritables histoires , qu’ils ont accommodées par addition ,foustr ction Sc ttansiosition à leur mithologie morale Sc politique,fur tout la fable des harpies > faite poui rendre odieuse Sc méprisablela beauté des méchantes femmes, qui ont belle apparence Sc mauvaisfond , est très-utile pour instruire les personnes du commuta , & furtout la jeunesse de ce tems là , à ne point fe laisser prendre aux pre-mières apparences de la beauté, mais d’en considérer routes les abo-minables suites & accompagnemens : si un Moraliste Sc MithologueGrec avoir pris à la main une vilaine sauterelle , ayant visage de fem-me ailée, il n’auroic pas si bien réussi dans fa prédication, pour inspi-rer l’hotreur d’une beauté impure ; il a donc bien fait de supposer uneharpie avec un visage plus beau que la sauterelle Sc avec autan t de ve-nin. On ne peut pas non-plus condamner-l‘adresse & la bonne inten-tion de donner à cette harpie une généalogie : par là il donne plus defondement à fa moralité, Sc insinue en même-tems que les personnesindignes font punies par les Dieux par des tristes métamorphoses.Une fille impie en chauve souris , une fille téméraire en araignée, &une fille vagabonde, galante & libertine en harpie : que pouvoit-onfaire de mieux dans ces íìedes malheureux, où la lumière de la vrayemo r ale Évangélique n’avoit pas encore paru, que d’employer touteforte d’adreíTes dans la vérité & dans la fiction , pour préserver la jeu-nesse de ce rems de toute corruption autant qu'tl étoit possible ; cesimpressions a’horreur dans l’enfance, pour les actions malhonnêtes 3cpernicieuses,étoient fort favorables à l’éducation raifonntble des mê-mes personnes > quand étant avancées en âge , elles tomboienc entreles mains des Philosophes , qui fans ces voiles des fables juíques là siunies, leur apprenoit les dignes motifs des venus. La jeumíse étoitdonc fous la tutelle des fables, mais l'âge plus mur fe déltvroit de cer-te tutelle, en connoissant les avantages de la vie vertueuse par de plushautes considérations.
HARPOGRATE, Status Sc figure du fils d’Osiws Sc d’Isis le
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Dieu du silence , qu’on représentoit ordinairement ayant le doigt fuila bouche, pour Lite signe de sc taire & de garder le silence. Varronproteste qu'il ne veut rien enseigner de ce Dieu > de crainte de violesle silence que ce Dieu recommande; le doigt qu’tl met suc la boucheest le second doigt , appelle par les Latins falutaris , dont on a cou-tume de fe servir pour imposer silence , ce qui fait dire à Appulée lePhilosophe, menez le doig qui est proche du pouce fur la bouche, 8Staisez-vous. On voyoit des statues d’Harpocrates dans les Temples 3cdans les Places publiques, Sc les Graveurs Égyptiens le teprcscntoient furdiverses pierres précieuses , qu’ils gravoienc sous certaines constella-tions » Sc fur des métaux propres a recevoir Sc à conserver l’impressionde chaque astre, pour servir à la guérison des maladies ou à la préser-vation des dangers. Les Talismans, figures . images & statues constel-lées , pafloienr dans l’eíprit, ou plutôt dans l’imagination de ces an-ciens Égyptiens , & puis des Grecs > leurs singes & imitateurs, pourdes choses très efficaces. Ils s’imaginoient que toutes les vertus céles-tes Sc divines étoient concentrées dans une telle matière ainsi figurée ;ils avoient une certaine idée d'hatmonie entre 1e ciel Sc la terre, entretoutes les parties hautes & balles de l’univers dont on ne fait plusrien , & qui est Sc inconnue & incompréhensible. Ils croyoient queces Talilfmans étoient comme des Sacremens entre les Dieux & leshommes , qui operoient des grandes choses dans ceux qui les avoientcomposez eux-mêmes dans des circonstances des rems 8c des lieux, &fur des matières choisies Sc avec des maniérés qui quoique raines Scsuperstitieuses, étoient fort religieusement Sc scrupuleusement obser-vées ; leur feu de persuasion imaginaire étoit si furieux, que leur ima-gination en étoit entierement ébtanlée.Sc concevoir des effets furpre*ríans Sc magiques qui différoienr peu de la réalité. Voyez le Père Ma-lebranrhe parlant de la force de rimaginatíon ; mais de toutes ces sta-tues Sc idoles taliímaniques , les plus efficaces étoient sensées être lesfigures d’Harpocrate Dieu du silence , s’imaginant que toutes ces ver-tus visionnaires , Sc que routes ces énergies célestes étoient d’autancplus fortes, Sc sc faisoient mieux sentir à proportion du silence reli-gieux que les dévots à ces superstitions obscrvoient. Les Romains fai-soient gloire de les porter au doigt, comme 1e remarque Pline;dcja,dit-il, nos Romains commencent à porter dans leurs bagues, Hatpo-crate Sc les autres Dieux des Égyptiens. M. Spon , dans la septièmeDissertation des Recherches dt [Antiquité, nous a donné diverses gravu-res d’Harpocrare,^*g. 124 .. Dans lune on voit Harpocrate assis fur uneautruche . qui porte fur son revers le Soleil Sc la Lune , dont il étoitcrû le fils, puilqu’Osiris Sc Isis , pere Sc mere d’Harpoaate , étoientchez les Égyptiens , ce que le Soleil Sc la Lune étoient chez les autrespeuples. Ce n’écoit pas que les Égyptiens sussent d’un autre avis queles autres peuples , Sc qu’ils niassent la divinité que les Grecs attri-buoíent aux deux principaux luminaires; mais c’est que le Soleil Sc laLune n’instruifanc pas Sc ne parlant pas, ils onr mieux aimé écouterHarpocrate Sc les autres Dieux humanisez enfans des Astres , du So-leil Sc de la Lune , que de s’en tenir à une adoration vaine fans doc-trine Sc fans instruction ; ainsi les Mystaguogues d'Égypte ont suppo-sé qtt’Harporrate avoit dit dans ìes anciens tems tout ce que leur sages-se propre avoir découvert être utile à l’instruction Sc au gouvernementdes hommes ; ainsi référant cette doctrine à certe source profonde dal’antiquité vénérable , ils ont rendu le peu de connoilîànce qu’il»avoient du vrai Sc du bon , plus respectable. Quelqu’un a pensé queks Anciens paignoient Harpocrate le Dieu du silence , avec les autresDieux , afin , disoit-il, d’imposcr silence à ceux qui auroient voulusoutenir que ces Dieux n’auroient été que des hommes mortels com-me les autres hommes , ou bien pour nous apprendre, cominuoit-i! »que tous les Dieux qu’on adoroit étoient vains 8c faux , Sc qu’il n’yen avoit qu’un seul qui demandoir de nous l’adoríîion dans un silen-ce respectueux. J’avoue que ces deux idées sont belles en soi ; maiselles ne sont jamais tombées dans la tête des anciens Payens ÉgyptiensSc Grecs , vft que l’on ne peut douter, par 1e sérieux de leur prati-que , combien leur préoccupation invétérée étoit éloignée de la pu-reté Sc liberté de ces jugemens qu’apporre cet anonime , qui parle etïChrétien Sc non en Égyptien ; c’est ainsi qu’on peut dire des chosesttès-bonnes 8C utiles > mais contre le décorum , c’est-à-dire , contre lavraisemblance 8c contre la convenance d— tems 8c des personnes. Ifvaut quasi autant de fe taire avec Hr ate , que de dire des bon-nes choses hors de propos 1 un autre ,.ott enchérir fur l’instructionque nous donne Harpocrate Dieu du silence. II disoit que s’il avoitété statuaire en ce tems , il auroit voulu peindre ou figurer Harpo-crate une main fur la bouche . pour recommander 1c íìknce, 8c l’au-tre en bas pour recommander la continence. Je nc puis qu’approuveccc nouveau dessein d’Harpocrate , car la continence 8c le silence dansla véritable Religion , sont des préparatiofis excellentes aux commu-nications divines. Revenons à M. Spon , 8c à la gravure d'Hatpocrs-te assis fur une autruche > qui portoit fur son revers le Soleil Sc luLune. Les lettres du revers de cette médaille sont de ces caractèresfantastiques des Hérétiques Basilidiens 8c Gnotiques , qui méloienCd’une maniéré profane les mystères de la Religion Chrétienne avecles superstitions des Payens. Dans une autre figure Serapis Sc Harpo-crate sont représentez avec ces lettres , conservate me , ce qui saieconnoître que c’étoit quelqu’efpeee de Talisman qu’on portoit fur soi*pour demander à ces Divinisez la conservation de la santé Sc l’éloigne-ment des maux qui pouvotent arriver. Dans une autre pierre Har-pocrate est assis fur la fleur lotus , hetbe dédiée au Soleil, parce qutífa fleur s’ouvre au lever du Soleil , Sc sc ferme quand il se couche.'Les let.res gravées fur 1e revers , sont de ces lettres mystérieuses desBasilidiens.
On trouve encore Harpocrate dépeint avoc une tête de Lion, desoiseaux autour de lui Sc la tête de la Lune , pour dire que dans Har-pocrate se trouvoit U force du Soleil Sc celle de la Lune ; les oiseaux:marquoient ses pensées subtiles dont un tel composé étoit capable.Alexandres Hales veut que ces oiseaux fussent des Anges, attribuezpar les Basilidiens aux orbes célestes des planètes, en quoi Aristote
semble