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Tome 1.
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91 A L O E.

Provinces de 1 ’Amérique, comme dans le Mexique,la nouvelle Espagne , le Brésil, les Isles Barba-ries &c.

On coupe fort menu les feuilles de cet Aloë, onles pile, on les met dans un vaisseau long de for-me cylindrique , & on. les y laisse pendant 27 jours :il s’en élève une écume inutile , & qu’on doit jet—ter : on enlève ensuite la partie supérieure du suc ,on la sépare de la lie, on la sait sécher au Soleil,& c’est ce qu’on appelle Aloë hépatique. La lie étantsèche forme un extrait moins pur, qu’on appelleAloë caballin..

L’Aloë caballin proprement dit fe distingue faci-lement des autres espèces par son odeur désagréa-ble & forte, quoique d’ailleurs il ressemble assez aì’Aloë commun. Bien plus, on en prépare quelque-fois de st transparent & si pur, qu’on ne peut le di-stinguer de l’Aloë soccotrin que par sa mauvaiseodeur. On Pappelle caballin ,parce qu’on le laisseaux Maréchaux pour l’usage des bêtes, a cause deson mauvais goût, & de son odeur puante. L’A-loë commun est aussi quelquefois pur, d’autres foisfort sale.

Presque tout le monde recherche l’Aloë soccotrinpour l’usage intérieur , & I’hépatique pour ap-pliquer extérieurement ; cependant, par l’analysequ’a fait Mr. Boulduc de l’un & de l’autre il fautconclure que l’Aloë hépatique doit être préféré ausuccotrin, soit pour l’usage externe, soit mêmepour l’usage interne : 11 entre dans la compositionde ces pilules qu’on nomme Pilules de Francfort ,ou Pilules gourmandes ; il fait aussi la base, ou en-tre dans la composition de diverses autres Pilules:c’est une des trois drogues avec lesquelles on faitY 1 Elixir de propriété.

U Aloë rosat & Y Aloë violât , font des extraits queles Apoticaires font de cet Aloë , en le dissolvantdans du suc de roses ou de violettes ; & après sa-voir filtré, on l’expofe au Soleil, ou fur un petitfeu, pour i’épaiffir ; on fait cela trois fois ; 6c a ladernière on lui donne la consistance propre a en faire<ies pilules.

L’Aloë est une Plante herbacée 6c d’un genre trèsdifférent de 1 ’Aloës comme on le verra dans Particlesuivant. Il comprend sous lui 45 espèces connues ;dont celle de Piste de Soccotora près des Côtes d’A-rabie, est de ce nombre. Le suc qu’on tire de celle-ci , 6c qui sert d’un bon purgatif dans la Médecine,lorfqu’il est épaissi en forme d’un extrait solide, estune drogue dont on fait un grand Commerce à Su-ratte , ville fameuse par les marchandises qu’elle re-çoit dGtoutes les parties des Indes.

Cet Extrait porte constamment le même nomd’Aíoë comme la plante d’où on le tire. Mr. Li-mer y , qui en parle dans son Dictionnaire des Dro-gues , le nomme bien Aloë en Latin, mais en Fran-çois il change ce véritable nom, en Aloë s , qui luiest impropre , 6c qui ne convient qu’au genred’Arbre qui donne ce bois aromatique connu pluscommunément fous le nom de Calembac , dont ilest parlé dans Particle suivant.

L ’Herbe f Aloé , qui croît en Espagne, est une es-pèce bien différente de celle qui croît dans Pistede Soccotora, 6c que l’on a découvert aussi en Amé-rique. On ne íauroit faire de celle d’Efpagne unbon Aloë purgatif, excepté de celui qu’on nommeCabalin , qui ne sert qu’aux Chevaux.

L’espéce d’Aloë qui a été élevée dans le Jardindu Roi a Paris, est encore différente de la vérita-ble. Elle est la même que plusieurs particuliers cul-tivent parmi leurs plantes étrangères , 6c dontquelques Droguistes 6c Epiciers ornent leurs bouti-ques.

Cette plante croît en bien des endroits des IndesOrientales 6c Occidentales. II s’en trouve aussi enEurope, 6c fur tout en Espagne, dans les montagnes

ALOE. t)2

de la Sìena-Morena, où elle vient d’une grosseur 6cd’une hauteur extraordinaire. Ses feuilles font ver-tes , épaisses, dures 6c piquantes ; 6c l’on en tire uneespèce de soie rougeâtre, propre a faire des dentel-les , dont on a vu quelques morceaux en France ,que M. de Tournesort y avoit aportés d’Efpagne. Dumilieu des feuilles fort une tige, qui porte fa fleur6c son fruit, dont la semence est une graine blan-che, extrêmement légére, 6c demi ronde.

Les plantes d’Aloë, qui ont fleuri plusieurs foisau Jardin Royal, 6c fur tout en 1664. ont defabu-fé de Perreur populaire, qui étoit presque passéejufqu’aux Sçavans, qu’elles ne fleuriíîoient que tousles cent ans, & que la fleur faisoit un bruit terribleen sortant, puiíqu’on est présentement accoutumé ales voir fleurir ; 6c qu’a Pépanouissement de leursfleurs, non seulement on n’a jamais entendu cebruit surprenant, mais qu’on n’en a point du toutentendu.

L’Aloë dont on fe sert dans la Médecine, 6c queles Maréchaux employeur auffi pour la guérison deschevaux, est le suc tiré de la racine ou des feuillesde cette plante, par des incisions qu’on y fait, é-paiffi au Soleil, en consistance d’extrait. Voyez, leDictionnaire des Drogues de Lemery.

On distingue de trois fortes d ’Aloë ; le Socotrinou Lucide, qu’on appelle auffi Succotrin 6c Ciccotrin\le Citrin, 6c, le Cabalin, qui ne font pourtant quele même suc , plus ou moins épuré. L’Aloë Socotrinest le plus beau 6c le meilleur de tous, 6c vient del’Iste de Socotora, a l’entrée de la mer rouge, d’oùil a pris son nom. Le Cabalin est le plus grossier ,le plus terrestre, le moins bon de tous , 6c ne sedonne qu’aux chevaux ; d’où, peut-être, il est ap-pelle Cabalin. Le Citrin est entre deux.

Le Socotrin vient dans de petites vessies extrême-ment minces. 11 faut qu’il soit friable, résineux ,assez léger, clair, transparent, de la couleur d’unbeau verre d’antimoine , ou de couleur noire oubrune, luisante en dehors, citrine en dedans, d’uneodeur désagréable, d’un goût amer j 6c que réduiten poudre , il soit d’un jaune doré.

C’est de P Aloë Socotrin dont on se sert en Méde-cine; mais dont il faut user avec discrétion , étantun purgatif violent.

11 entre dans la composition de ces pilules, qu’onnomme Pilules de Francfort , ou Pilules gourmandes j6c fait auffi la baze de celles qu’on appelle PilulesAngéliques.

ÎJAloë rosat, 6c VAloë violât , font des extrait*que les Apoticaires font de cet Aloë, en le dissol-vant dans du suc de roses ou de violettes , 6c aprèsl’avoir filtré, en Pexposant au soleil , ou sur unpetit feu, pour l’épaiffir, 6c lui donner la consistan-ce propre a le réduire en pilules.

L ’Aloë Cabalin est noir, sec, compacte, pesant,presque sans odeur, 6c vient dans des paniers depalmier ou de jonc. Les Droguistes qui ont de labonne foi, avouent que c’est une très mauvaise dro-gue, 6c qu’il lafaudroit défendre, n’étant qu’un ré-sidu brûlé, qui n’a ni force ni vertu ; mais ils vou-droient que les Maréchaux lui substituassent dansles remèdes où ils font entrer l’Aloë, celui qu’onappelle Aloë hépatique.

Cet Aloë croît aux pais chauds , comme en Per-se , en Egypte, en Arabie , en Espagne ; il en vientdes Isles de l’Amerique, 6c est tiré de la racine d’uneplante peu différente de l’Aloë du Levant. On rap-porte dans des gourdes ou callebasses de différonspoids, depuis deux livres jufqu’a cent. II faut lechoisir couleur de foie, d’où lui vient le surnomd’ Hépatique, sec, & le moins puant qu’il se pourra ;car pour l’ordinaire il est d’une puanteur insuportable.

Lemesry dit qu’on confond ì’Aloës hêpatica avec leSuccotrin , ne différant de celui-ci qu’en ce que sacouleur est plus obscure ; c’est lors qu’il est rom-pu