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Tome 1.
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pu qu’il a la couleur du soie.

Toutes les espèces d’Aloë constituent un genrede ce nom & que les Botanistes ont rangé dans la. Classe des Plantes liliacées,"a cause que íes fleurs &son fruit, aussi bien que ses feuilles, en ont les ca-ractères. .

Cette Classe est la neuvième de celles du systèmede Mr. Tournes or t , qui n’a rapporté dans ce genreque 14 espèces : Mr. Boerhaave y en a rangé 45 for-tes , qui ont été trouvées en Asie, en Afrique & enAmérique, & dont il n’y en a véritablement qu’une, de bonne. On ne laisse pas que de faire de l’Aloëen extrait de plusieurs de ces espèces, & de le ven-dre a la place du véritable, qui n’est pas bien connu,

. parce que la plûpart des Droguistes, des Apoticai-res, & des autres particuliers qui en achètent, ne semettent pas assez en peine de le connoître par lavoie de l’examen pour ne s’en procurer que du bon,dont les effets font infiniment meilleurs pour dés-obstruer , en purgeant avec douceur sans beaucoupéchauffer, que ne font les autres extraits d’Aloë,que i’avarice procure.

ALOES. L’Aloès est un bois résineux- odorant,entièrement différent de l'Aloë, qui est un suc a-mer, purgatif, & très usité dans les boutiques. IIne découle pas, comme quelques-uns le prétendent,. de P Arbre dont l’Agaìlochum est tiré.

Le Calambac , qui est le bois d'Aloès le plus pré-cieux , est un bois uni, résineux, mou presquecomme de la cire ou du mastic, qui cèdent aux dentsou aux ongles, & qui étant mis fur les charbons ar~dens se fond presque tout entier comme de la rési-ne. Son goût est un peu amer & aromatique. Mr.Cumúngham , dans le Supplément de la Pharmaco-logie dc D ale , en établit trois espèces, par rapportà la couleur : la première est panachée de noir & depourpre ; la seconde est noire & jaune, ou tachetéecomnu le tigre ; la troisième est de la couleur d’unjaune d’œuf. On apporte ces espèces du Roiaumede la Cochinchine ou d’Annamique.

U Agaìlochum , Pao de Aguila des Portugais , lelois d aigle , s’apporte en morceaux de différentesgrosseurs, quelquefois solides, compactes , pesans ,de couleur rouge brun, parsemés de lignes noirâ-tres & résineuses, remplis de petits trous & commecariés, dont les petits creux contiennent une résinerougeâtre & odorante , de la couleur du bois , oude noir pourpré. Le goût de ce bois est un peu a-cre , amer, aromatique ; l’odeur en est très-agréa-bie; si l’on en met fur les charbons ardens, ou furun fer chaud, il en fort une liqueur résineuse qui s’é-lève en bulles, & il se fait une fumée douce & unpeu acide. Ce bois vient dans f Isle de Sumatra,dans. la Cambaye, mais sur-tout dans la Cochinchi»ne. On en trouve plus souvent dans les boutiques,que du bois appellé Calambac , que l’on nous appor-te très rarement, parce que son prix est excessif.C’étoit, au gré des Siamois , la partie la plus rare,& qu’ils estimoient le plus, des magnifiques pré-fens, qu’ils apportèrent a Louis le Grand, de lapart du Roi leur Maître.

L ’Agaìlochum sauvage, est un bois plus leger ,plus poreux, & moins résineux que l’Agallochumdes boutiques. Sa couleur est d’un brun tirant fur leverd, d’une odeur suave & odorante, & qui ap-proche de celle du bois d’Aloës, d’un goût amer.On en apporte de gros troncs des Ifles de Solor &de Timor. On en fait rarement usage en Médeci-ne. On l’employe plus fréquemment pour faire descassettes, des boètes, des ouvrages sculptés, deschapelets & d’autres choses semblables.

Nous n’avons aucune description exacte des ar-bres dont on tire le Calambac; Kempfêr en adon-né une, & dit qu’o n ne connoît point encore lepais où cet arbre vient naturellement, & qu’aucunepersonne éclairée n’a encore pénétré dans les forêts

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où on'le trouve , qu’il n’a pû non plus connoîtrele fruit de cet arbre, ni d’autre pais où il croisse,'excepté Camboge & les Provinces maritimes deTsiampa & Bonna du Roiaume de Siam. Les Chi-nois , ajoute-t-il, assurent que l’Agallochum leurvient des montagnes inaccessibles de la Cochinchi-ne , & de la Province de Junam voisine de la Chi-ne ; & par le rapport qu’ils m’en ont fait, ainsi queles Siamois , il paroît certain que cet arbre en vieil-lissant acquiert cette bonne odeur, qui lui vientd’un suc résineux, qui rénétre certaines portions dutronc , & qui se ramasse en plus grande abondanceaux environs des nœuds, lorsque l’arbre dépérit &se carie; & ces morceaux,que l’on appelle Calam-ba ou Calambaek , sont vendus au poids de í’or ,pendant qué les autres morceaux font nommés Kis-fina du nom de l’arbre - & se vendent plus ou moinscher, selon qu’ils font plus résineux, noirs & pe-sans; ce qui marque qu’ils ont une odeur plus oumoins agréable. Ceux-ci font apportés en Europe,& non les autres à cause de leur grand prix. Ceuxqui sont commis pour aller chercher l’Agaìlochum,vont dans les forêts en un certain tems avec desarmes & des haches ; & lorfqu’ils trouvent des ar-bres extrêmement vieux, & des troncs abbatus, ca-riés & pourris, ils les fendent avec attention, &retirent les morceaux résineux qui se trouvent d«côté & d’autre. Le premier qu’ils rencontrent est sa-crifié aux idoles, qu’ils regardent comme leurs con-servateurs. On fait beaucoup de cas du bois de Ca~lamba dans les Cours Orientales, chez les Grandsde la Chine & du Japon ; de forte qu’il ne fe faitpoint de festin où pour affecter de la magnificenceon ne fasse une grande dépense pour ce précieuxparfum.

Pour ce qui est de l’Agallochum ordinaire ou desBoutiques, on dit que c’est un arbre de la hauteur& de la figure de nos Oliviers, dont le fruit a lafigure du Poivre, rond & rouge, dont le bois est -semblable au Thuia, tacheté, odorant, revêtu d’u-ne écorce épaisse, & de différente couleur.

Le Calembac, ou le meilleur Agaìlochum, se trou-ve seulement dans les arbres qui se sont pourrisd’eux-mêmes si.tr les montagnes. Ce n’estpas toutela substance de l’arbre qui se change en Agallo-chum ; car lorsque ces arbres se sèchent, le bois facarie peu à peu, excepté quelques parties autourdesquelles se ramasse un suc laiteux qui devient unerésine , & dont la couleur blanche se change enrouge brun, ou noirâtre. Mais le Calambac, qui estfort résineux, fe retire du milieu du tronc près de laracine.

Le Tunquin ne produit pas moins d’Aloës qu«la Chine & la Cochinchine ; &, après les Soies ,c’est dans cet arbre précieux que consiste fa plusgrande richesse.

L’Aloès du Tunquin est si bon, qu’il y en a quis’y vend jusqu’a mille écus la livre; ce qui s’estime,suivant qu’il a plus ou moins de graisse ; celui quin’en a point se vendant a peine trois écus, & n’é-tant propre qu’a la marquetterie, ou a faire des,chapelets, tels qu’on en voit beaucoup à Paris.

Tous les Orientaux, particulièrement ceux quilaissent croître leur barbe, font grand cas de ce par-fum , a cause de l’usage établi dans tout le Levant,de n’admettre chez foi aucunes personnes un peuconsidérables, fans la cérémonie de leur donner !sparfum ; ce qui fe fait en leur couvrant la tête d’u-ne petite toilette . ou d’un grand mouchoir d’étoffede foie, ou de’roile de coton, fous lequel on metune cassolette où l’on brûle de l’Aloës , ou quelqueautre parfum exquis.

Tavernier , dans fa Relation du Tunquint assure avoirvû à Ifpahan une bûche de bois d’Aloès de six piedsde haut, & de deux de tour, qui avoir couté 40000.pardos, qui font 54020. livres monnoie de France.

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