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On confond communément le nom de cet Ar-bre avec celui de la Plante Médecinale, qu’on nom-me Aloé. Le premier doit s’écrire avec une s , &l’autre fans s , pour les différencier. L’Aloës estun bois aromatique qui vient principalement dansle Roïaume de Champaa, pais qui est a l’Est duRoïaume de Cambodia, que les Chinois-nommentTsiamsiaa, dont le Roi est tributaire de celui deCochinchine ; il est non seulement obligé de don-ner les meilleures pièces de bois d’Aloës, qu’onnomme Calembac , qui vient au coeur -de l’Arbre ,au Roi de Cochinchine , pour payer le tribut, maisauffi de lui vendre tout le bois qu’il en tire, &dont il fait un grand négoce, en envolant la plusgrande partie au Japon. Personne ne peut toucherk ce bois fur les lieux, fur peine de la vie. LesChinois & les autres Idolâtres en font un grandusage ; ils en consument beaucoup pour leurs par-fums & leurs sacrifices.
C’est un grand Arbre qui produit beaucoup debranches. II croît dans des bois par-ci par-la, oùil est fort soigneusement gardé. Plus l’arbre estvieux, & plus son bois devient précieux. Je leprens pour une espèce de Figuier, dont il y a deplusieurs sortes dans ces païs-la, le fruit desquelsn’est pas bon a manger; mais il n’y en a qu’uneespèce qui donne le vrai Calembac ; on doit le nom-mer ainsi, & non Calembòuc. Les Arabes Rappel-lent Agallugi , les Grecs Agallochum , & c’est fousce nom que les Anciens Pont connu, & si fort esti-mé. Les Grecs Pont appellé Aloès & Xyloaloès ,c’est-a-dire , Bois cf Aloès ; les Hébreux Ahalin &Ahalos voyez Pseaume 4j. & Proverbes ch, 7. LesArabes en apportoient anciennement de Malacca,où ils l’achetoient, pour le distribuer aux Egyptiens,aux Syriens & aux Grecs. Malacca a été le lieu quiservoit autrefois de marché général a toutes les Na-tions de P Asie, qui s’y rendoient pour le commer-ce des choses les plus précieuses. C’est la où futla flotte de Salomon, qui en aporta de Por, duBois d’Aloës, & autres drogues Aromatiques. Cemarché de Malacca n’est presque plus rien depuisque les Portugais, & les Hollandois après eux, sesont approprié le négoce général des Indes.
Le moindre Bois d’Aloës , est appellé Bois d!Ai-gle , nom que les Portugais lui ont donné. 11 y ena de plusieurs sortes, fous différons degrés de bon-té. Ce font tous d’espéces de Figuiers qui donnentdu bois d’aigle; il s’en trouve aux environs de Siam,de Malacca , & même en quelques endroits desIstes de la Sonde ; mais ils valent infiniment moinsque le bois de Calembac. On se sert beaucoup dece dernier dans les Indes pour la Médecine. On fyestime excellent pour fortifier le cœur & l’esto-mac ; pour les palpitations, les défaillances, & lesoppressions de poitrine ; comme auffi pour les dou-leurs d’estomac, les crispations des intestins, & au-tres espèces de coliques. Les Indiens bottent unmorceau de ce bois fur une pierre âpre, platecomme le porphire des Apoticaires, afin d’en dé-tacher, par le moyen d’un peu d’eau, des partiesfines , une certaine quantité pour une dose, quel’on fait avaler, ou avec un peu d’eau, ou avecun peu d’Arac. II est rare de trouver en Europedu vrai Calembac. II coûte aux Indes environ 32Teyls, c’est-a-dire, 100 Florins de Hollande la li-vre. Les Indiens font imbus de beaucoup de su-perstitions a l’égard de cet Arbre. Cette Additionmus a été communiquée par Mr. G. à
* Aloès. C’est le nom que porte un grand ar-bre des Indes Orientales, dont le bois est précieuxpour faire des Parfums chez les Orientaux, & pouren user en Médecine. La ressemblance du nom decet Arbre est cause que bien des gens du temspassé, & encore du présent, Pont confondu avec laplante dont il est parlé dans l’article précédent. On
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doit observer que la lettre s , qui termine le nom decelui-ci, fait la distinction de ces deux fortes dedrogues , tant dans la prononciation que dans Pé-criture. Celui-ci doit se prononcer comme si on l’é*crivoit Alois, en faisant sonner tant soit peu l’s; &l’autre doit être prononcé Aloé. Mais ces deux pro-nonciations font fort confondues aujourd’hui. Lesmarques qui caractérisent la bonté de l’une & del’autre ne sont guéres mieux connues.
Mr. P Abb é Pluche , qui parle ( a ) de tous lesdeux, ne distingue point du tout leurs noms, illes désigne fous celui d’Aloé. 11 a foin, en par-lant de nôtre Arbre, qui donne un bois aroma-tique , de dire qu’il ne faut pas le confondre a-vec le précédent. Cependant il est tombé dans ce dé-faut ,en voulant indiquer l’usage qu’on fait de sesparties ; non seulement il les a confondils , mais illui attribue d’autres usages qui apartiennent unique-ment a d’autres plantes très-différentes. II indiquetrès-bien qu’on employé le Bois d’Aloës, ou Ca-lembac , pour parfumer les habits & les apartemens ,pour servir de Cordial dans l’épuisement ou dansla paralysie; & enfin pour monter les bijoux lesplus précieux qui se travaillent aux Indes ; mais ilajoute, que ce ne font pas la les seuls avantagesde nôtre Aloës; il détaille la-destus les íuivans.
i°. Les Feuilles de cet Arbre , dit-il, servent d ar-doises pour couvrir les maisons. Cependant cela n’ajamais été pratiqué dans les Indes; d’ailleurs ellesfont trop petites, n’étant guéres plus grandes quecelles du Poirier, & a peu près de la même forme,faus compter qu’elles ne font pas propres pour seconserver contre les injures de Pair. Les Indiens nese servent jamais pour couvrir leurs maisons, quedes feuilles du Cocotier , ou de celles de quelquesautres espèces de Palmier, qui font très-propres acet usage. Cet Auteur en cela a donc pris le.Change.
2 0 . On donne à ces mêmes feuilles , dit-il encore ,auffi. la forme de Plats & d’Ajfiétes ; Û après les avoirbien fichées, on s’en sert en guise de vaisselle. II don-ne encore ici le change ; car aucun Indien ne se sertpour assiette, ou en guise de plat, d’autres feuillesque de celles du Musa , que la plupart des Voïa-geurs nomment Bananier , & d’autres Plantain ; maisque les Maíayes, nation des Indes Orientales,appellent Pifjang. Voyez ces noms dans leurs pla-ces, Musa & Pijsang. Comme ses feuilles font ex-trêmement grandes, on les coupe en petites pièces ,quarrées pour servir d’affiette aux viandes qui n’ontpoint de fausse.
3°. Si l’on en tire, dit-il de plus , de bonne heure lesfibres & les nerfs , on en assemble une filasse dont on faitle mime usage que du Chanvre. Cette pratique n’ap-partient, mais assez rarement, qu’a P Alo'è vulgaire ,espèce du genre d’Aloé de l’article précédent. Larestbmblance de ces deux noms aura été cause del’équivoque.
4°. Des pointes qui fie rencontrent fur les branches ,( plutôt sur le bord des feuilles ) on fait des clous ,des dards, & des alênes , &c. C’est encore de l’A-loé vulgaire qu’il faut Pentendre.
?°. Enfin les usages dont il parle qu’on en tiréencore, comme d’une liqueur vineuse & sucrée , donton f ait une agréable boisson , un vinaigres c. en ajou-tant que tout un ménage peut vivre , se loger , & sevêtir avec un Aloé, c’est proprement du Cocotierqu’on les tire ; Voyez ce qui en est dit plus clai-rement a P Article du Cocos , St. Cocotier. II est éton-nant que Mr. P Abbé Pluche ait fait de telles bé-vues. Jamais P Arbre d’Aloës n’a servi aux Indiensqu’a donner du bois pour les parfums, pour fairedes ornemens précieux, & pour servir dans la Mé-decine. Les Chinois attachent des morceaux de Ca-
lambac,
(a) Spefiatle de la Hat. Tc*vI. ÍPnjrít. j$.