I
4 ”
BAUME.
te qui donne ce Baume peut croître sur la rivièredes Amazones, aussi-bien que dans le Brésil, puis-que ces deux endroits font tout-k-fait voisins l’unde P autre.
Ajoûtons ici un extrait de la description que lePe're Labat, íî souvent cité dans cet Ouvrage , adonné dans ses Relations des Iles Antilles , de l'ar-bre qui produit ce Baume , ou huile , & de la ma-niéré de le tirer & de le préparer.
L’arbre d’où il découle s’éléve fort haut , & ce-lui que l’exact Auteur assure avoir vû, avoit aumoins 22 piés de hauteur. Sa feuille aproche assezde celle de P oranger, excepté qu’elle est plus lon-gue & plus pointue , douce au toucher, souple ,«Tune odeur aromatique , & d’un verd clair & gris.Son écorce est grise, assez épaisse , lisse & onctueu-se ; en sorte que pour peu qu’on la frotte entre lesmains, il en fort une odeur douce & agréable. Ellese léve facilement, parce que l’arbre paroît toujoursen fève ; le bois est blanc & assez tendre.
Lorfqu’on en veut tirer l’huile, on fait une inci-sion a son écorce, vers le pié de P arbre ; elle doitêtre perpendiculaire, & de 6 a *j pouces de lon-gueur. On fait ensuite entrer dans cette incision unpetit morceau de calebasse, pour diriger la liqueur,& la faire tomber dans une calebasse entière qu'onattache au corps de l’arbre.
La matière qui coule est plus ou moins abondan-te , suivant la force de l’arbre, ou le tems auquelon la recueille ; mais aussi elle a différens degrés devertu. Quand Parbre est jeune, il rend plus d’huiíe ,mais elle est, pour ainsi dire, moins cuite & moinsparfaite : s’il est en fève, la liqueur est aussi plus a-bondante, parce que la fève fort avec Phtisie; maisce mélange en diminué la vertu, outre qu’on courtrisque de faire secher Parbre.
Le teins le plus propre pour faire l’incision est lemois de Mars pour les arbres qui se trouvent entre laLigne équinoxiale & le Tropique du Cancer ; & lemois de Septembre pour ceux qui font de P autre cô-té de la ligne, c’est-a-dire, entre elle & le Tropi-que du Capricorne.
L’incision ne doit pas percer seulement la pre-mière écorce, & une pellicule assez mince qui est audessous, qui est comme une seconde écorce ; elledoit même entrer dans le vif du bois. Lorsque l’ar-bre a cessé de couler, & qu’il ne donne plus d’huile,on en ôte la calebasse , & la plaie qu’on lui a faitese referme d’elle-même.
On croit que si P incision étoit assez profondepour pénétrer jusqu’au cœur , l’huile en seroit plusparfaite ; mais ce seroit risquer Parbre.
Cette huile , pour être bonne, doit être épaisse ,de couleur d’ambre , avec une odeur de verd aro-matique ; quand elle est claire & trop liquide , c’estune marque qu’elle a été tirée dans une mauvaisesaison, ou qu’on en a augmenté la quantité en ymêlant quelque autre huile.
Pour s’alsurer si elle est sophistiquée , il n’y a qu’ken tirer une goûte avec une épingle, & la laissertomber dans un verre d’eau froide ; si la goûte vaau fond fans fe dissoudre, ou qu’elle fe tienne en-tre deux eaux en conservant sa figure, c’est une mar-que certaine que l’huiíe est très bonne ; si au con-traire elle s’étend, ou qu’elle nage fur la superficiede Peau, on doit compter qu’il y a du mélange.
La différence qu’il y a entre ce Baume & celuidu Perou , est que ce dernier se sèche & se durcit ala fin, au lieu que l’huile de Copaii ne fait que s’é-paissir& devenird’une couleur plus foncée, fans fedurcir ni fe sécher.
Cette huile est excellente pour fermer promte-ment toutes fortes de plaies faites avec le fer , lebâton, les chûtes, & autres accidens , mais non paspour les coups de feu.
BAUME. 412
On s’en sert aussi avec succès pour le flux desang, le crachement de sang provenant de la rup-ture de quelques petits vaisseaux dans la poitrine ;pour les excoriations du fondement, & autres mauxoù il faut empêcher l’effusion du sang.
Pour le flux de sang & les vaisseaux rompus, onen met nouq goûtes dans un jaune d’œuf, qu’onfait avaler au malade ; on peut réitérer ce remède ;deux fois le jour : on peut encore dans le premiercas en donner une demi-once dans un lavementanodin.
Pour les excoriations,on en imbibe un peu de co-ton, qu’on met avec une compresse fur la partie affli-gée, observant en ce cas, de faire un peu chaufferl’huile avant de l’appliquer..
A l’égard des blessures, il faut appliquer l’huileauffi chaude que le blessé la peut souffrir, en pressantauparavant les lèvres de la playe, pour exprimer toutle sang autant qu’il est possible ; puis laisser tomberquelques goûtes de l’huile dans la playe, en oindreles lèvres & les environs, les raprocher & y appli-quer dessus un plumasseau trempé dans la même hui-le , & couvrir Le plumasseau d’une bonne compresse;enfin bander la playe fortement fans s’embarraffer sielle jette du sang. On doit laisser cet appareil 24 heu-res fans y toucher; au bout de ce tems on ôte labande & les compresses très doucement ; & si l’onvoit que le plumasseau soit adhérent, c’est une mar-que que la réunion n’est pas encore achevée. Pourlors on doit laitier le plumasseau, & se contenter derépandre dessus quelques goûtes d’huile chaude pourl’humecter.
On a aussi remarqué que cette huile étoit bonnepour guérir toutes sortes de fièvres, en en prenant5 ou 6 goûtes dans une demi-tasse de bouillon aucommencement de l’accès, & si elle est continué,deux heures avant de lui donner de la nourriture.
-j- Le Père Labat parle assez au long de ce Bau-me , & le fait connoître un peu mieux qu’il n’étoitci-devant ; mais ce qu’il en dit est un peu suranné,car on le connoit mieux présentement, dans fa quali-té, & dans ses vertus, que par ce qu’il nous en a dit.II fait tous ses efforts, pour le faire passer pour unpuissant fébrifuge , promt & point dangereux. 11raporte même dans son livre un exemple considéra-ble arrivé en Bretagne en 1719. tems auquel il y ré-gna beaucoup de fièvres : ceux qui prirent, dit-il,de ce Baume furent parfaitement guéris, &si prom-tement, que leur guérison sembloit tenir du miracle.On n’apas trouvé depuis, malgré cet exemple , quece remède répondit aux merveilles que ce Père,hardi dans ses fentimens, en a publié. II peut ferencontrer bon a quelques fièvres de rhume : maisa celles qui font inflammatoires, il cauferoit plusde mal aux fébricitans , & augmenteroit plûtôt lessymptômes, qu’il ne seroit de bien, suivant le sen-timent de ce Père. Ce remède est aussi commun énHollande que les fièvres ; cependant on ne le metpas en usage dans ces maladies, après les mauvaissuccès qu’on en a vus. Ce qui rend commun ceBaume en Hollande, c’est les vaisseaux qui viennentde Surinam , qui en aportent pour le Commerce';parce que son arbre croît abondamment dans lesPais voisins de cette Colonie.
Le Baume Liquid-ambar , Ambarum liqui -*dum , est un suc résineux , liquide, gras, d’uneconsistance semblable a la térébenthine, d’un jaunerougeâtre ; d un goût acre, aromatique ; d’une co-deur pénétrante, qui approche du Styrax & del’Ambre. On L’anportòit autrefois de la nouvelle Es-pagne , de la Virginie, & d’àutres Provinces del’Amérique méridionale. Quelquefois même on ap-portoit en même tems une huile plus ténue que leLiquidambar , plus fluide & plus pénétrante , quel’on en retiroit; on l’appelloit Huile de Liquidam-bar ;