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Au sortir de cette deuxième lessive, on les laveencore bien dans seau claire, puis on les remet furle pré ; & toutes ces choies se réitèrent jusqu’a cequ’on s’aperçoive que les toiles ayent acquis le de-gré de blancheur qu’on délire.
Ensuite on leur donne une lessive douce & légè-re , pour les disposer k reprendre la douceur, queles autres lessives plus acres, & plus fortes, avoientpù leur ôter ; puis on les lave bien dans l’eauclaire.
Au sortir de cette eau, on les met au frotage ;c’est-'a-dire, qu’on les fait savonner avec du savonnoir ; ce qui commence un peu a les dégraisser, &achève de blanchir les lisières, qui ne pourroientdevenir parfaitement blanches, íàns le secours dusavon.
Après que les toiles ont été bien égayées dansFeau claire, & qu’elles font entièrement nettes desavon, on les met tremper dans du lait de vache,dont on a ôté la crème ; ce qui achève de les blan-chir , & de les dégraisser , leur redonne toute leurdouceur, & leur fait jetter un petit coton. Au sor-tir du lait, on les relaye encore dans i’eau clairepour la dernière fois.
Quand les toiles ont eu toutes ces différentes fa-çons , on leur donne leur premier bleu ; c’est-a-di-re , qu’on les fait passer dans une eau, où l’on afait détremper quelque peu d’amidon avec de l’é-mail, ou azur de Hollande, dont le plus gras &le plus pâle est le meilleur ; car il ne faut pas queles toiles ayent un bleu trop apparent.
Après que les toiles ont été blanchies de la ma-nière qu’il vient d’ctre dit, les Blanchisseurs lesremettent entre les mains des Marchands a qui el-les appartiennent; & c"est pour lors qu’ils leur fontdonner les apprêts convenables.
Ces apprêts font différons , suivant les qualitésdifférentes des toiles ; car il y en a auxqueiles ondoit conserver de la force, & d’autres auxquei-les on la doit diminuer, pour les rendre plus clai-res.
L’apprêt pour les Batistes fe donne avec l’ami-don, & l’émail pâle détrempé dans l’eau claire ony ajoute quelques autres drogues, dont la qualité& la quantité dépend de la connoissance & capa-cité de l’Apprêtent.
Les Batistes ayant reçû leur apprêt, on les atta-che avec des cordes a des perches fichées en terrede distance en distance; & lorfqu’elles font sèchesaux trois quarts & demi, on les détache des perchespour les mailler ; c’est-a-dire , pour les battre avecdes maillets de bois fort unis, fur des blocs, oupierres de marbre; ce qui fe fait pour en abattrele grain , & leur donner un oeil plus fin.
Après qu’elles ont été maillées comme il faut,on les plie en petites pièces carrées, que l’on metfous la presse ; & au sortir de cette presse , les Mar-chands y mettent leurs numéros fur de petits mor-ceaux de parchemin, attachés a la lisière de la toile,du côté du chef,avec de la foie de couleur différente,suivant l’inclination des Marchands , qui appellentcette foie leur Livrée ; chaque Marchand ayant facouleur particulière, qu’il ne change point.
Ensuite on les envelope próprement dans du pa-pier brun de Rouen, bien maillé, ou battu, qu’onlie avec la petite ficelle, qu’on tire ordinairement deHollande ; & pour lors les toiles font en état d’êtreVendues, encaissées, & envoyées dans les lieux oùelles doivent être consommées.
Toutes les toiles claires de Picardie, telles ques°nt les linons rayés, a mouches, & unis, ou clairs,font apprêtées de la même maniéré que les batistes,a l’exception néanmoins que les batistes font mail-lées , & que les autres ne le font point.
II faut remarquer que plus le tems est beau , &plus les toiles font faciles a blanchir. Par un beau
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tems leur blanchiment fe peut fâirë en tin mòis ;mais lorfqu’il fait vilain , souvent six semaines , &meme davantage , n’y suffisent pas.
On doit encore observer, que toutes les toi les ,de quelque espèce qu’elles soient, qui se blanchis-sent en Hollande , Flandre , & Picardie, font teu-tes passées par le lait de vache éCrímé ; étant cer-tain que c’est cette liqueur blanche, qui leur don-ne ce beau blanchiment, qù’on admire dans les toi-les qui viennent de ces différons Pais.
II est de l’ufage parmi les Marchands , qui en-voyeur des toiles dans les blanchisseries de Flan-dre & de Picardie , de les marquer aux deux bouts,d’une, ou de plusieurs lettres de leur nom avec dufil d’Epinay , broché k i’aiguille, & d’attacher k1 endroit de ces marques certaines petites cordelet-tes aussi de fil d’Epinay, qu’ils appellent Cordeaux,lesquels ont un certain nombre de nœuds de distan-ce en distance5 chaque nœud ayant fa valeur parti-culière , suivant que chacun le juge a propos. Lesmarques fe mettent pour connoître k qui appartien-nent les toiles; & les cordeaux, pour fe ressouve-nir de leur prix.
Maniéré de blanchir lés toiles ordinaires, suivant quellese pratique en Anjou .
Lorsque les toiles ont été levées de dessus le mé-tier, on les porte toutes écrues chez les Blanchisleurs,qui les mettent d’abord dans des espèces d’auges, oucaisses de bois, remplies d’une eau froide & pure ,où par le moyen des marteaux, ou maillets de bois,k qui un moulin a eau donne le mouvement, elleáfont battues & agitées d’une telle manière, qu’in- (sensiblement elles fe lavent, & fe dégorgent de leursordures & saletés.
Au sortir du moulin, on les étend sur le pré , oùla rosée, qu’elles y reçoivent pendant huit jours, ôteune partie de leur cru.
Ensuite on les met dans des fortes de curiers dsbois, qu’on appelle vulgairement Pannes ; & l’onjette par dessus une lessive ordinaire, toute chau-de , qu’on fait couler de même que les lessives bour-geoises.
Quand les toiles ont été ainsi lessivées, on les re-tire des pannes, pour les remettre encore dégorgerau moulin; puis on les remet de nouveau fur le pré ;
& après qu’elles y ont resté une huitaine de jours ,on les fait encore passer par une nouvelle lessive ;
& toutes ces choses fe réitèrent jufqu’k-ce qu’el-les ayent acquis leur parfait degré de blancheur ;après quoi on les plie d une manière convenable kleur espèce, & aux lieux pour lesquels elles fontdestinées.
Blanchir Le petit lait. Ce terme, qui n’estguéres en usage, que parmi ceux qui travaillent kla fabrique des fromages de Gruyères & de Berne ,signifie jetter une certaine quantité de lait, tel qu’ila été tiré du pis de la vache, dans le petit lait,dont on veut composer le second fromage. Voyez,Fromage , à Pendrait où il eflfait mention de la ma-nière de fabriquer ceux dë Gruyères.
Blanchìr, en termes deMohnoyeur & d’Orfé-vre. C’est donner le blanchiment a For & a l’ar-gent. On dit plus communément, Donner còuleur,quand il s’agit de For. Voyez. Blanchiment.
Blanchir le Plomb. C’est l’étamer au feu ; c’est-a-dire , le couvrir de feuilles d’étain. Les Plom-biers étant obligés par un Article de leurs Statuts,a blanchir dans les bâtimens neufs, tous les plombsqui font en vûe , ont chez eux un fourneau k étá-mér, for le foyer ou aire dtiquel, chargé de braiséallumée-, deux Compagnons chauffent, & tiennentélevées les tables de plomb, tandis qu’un troisièmeOuvrier y étend dés feuilles d’étain battu, qu’il fro-te avec des étoupes, & de la poix résine, a meforèque F étain se fond. Voyez Plomb , é” Plombier.
BLAN-
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