84A CHARBON.
lui du Hainaut, paree qu’il est plus gras, & dureplus lòng-tems au feu. On peut voir ce qu on dit dunégoce du Charbon de terre de cette Province , à t Arti-cle général du Commerce, au paragraphe de celuide Hainaut.
II faut cependant remarquer que le Charbon d’An-gleterre, qu’on nomme de Newcastle, est bien meil-leur que celui d’Ecosse, quoiqu’il soit plus léger ;auffi a-t-on coutume, pour faire corps, de les mêlerensemble ; celui d’EcoíTe tout seul, ou celui d'Angle-terre fans être mêlé a celui-ci, ne réussissant pas sibien.
Les bonnes qualités du Charbon de terre font,d’être peu rempli de fouphre,de bien chauffer le fer,& de durer long-tems a la forge. Sa chaleur est plusgrande que celle du bois ou des tourbes. Pour l’vi-sage de la cuisine , il est beaucoup meilleur, parce-que fa chaleur est plus égale, & plus pénétrantre.Il est vrai que la fumée en est plus épaisse, mais elleest moins pernicieuse à lâ vue, quoiqu’elle soit in-commode aux asthmatiques, & aux pulmoniques.Il y a des Provinces méditerranées où ce Charbonfait un feu fort clair, mais il fe consume plus viteque celui de Newcastle ou de Sunderland, qu’on ap-pelle communément Ser-coal , ou Charbon de mer ,parce qu’il vient de la a Londres par mer. Ce Char-bon a une chose particulière en foi, qu’il ne peutparfaitement s’allu'mer, fans jetter de l’eau de temsen tems dessus.
A Paris, le Charbon de terre fe mesure comble& se vend à la voie ; chaque voie contenant 30demi-minòts ; le demi-minot fe divisant en 3 bois-seaux, & le boisseau se partageant encore en 4 quarts.Ce font les Marchands de fer, qui font du Corpsde la Mercerie, qui en font le plus grand com-merce , soit en gros, soit en détail. A Rouen , il fevend en barils ; & le vendeur en donne a l’acheteur104 pour iôò ; chaque baril contenant 3 demi-mi-nots , en forte que les 100 barils de Rouen rendentà Paris dix voies & demie, moins trois demi-mi-
nots.
En Angleterre, où le commerce du Charbon déterre est si considérable - qu’on y assigne ordinaire-ment une partie des subsides que la Nation a coutu-me d’accorder pour les besoins de l’Etat ; là mesureà laquelle il se vend, se nomme Chauderon ; chaquechauderon Contient 36 boisseaux.
Le Charbon de terre pour la provision de Paris,arrive & fe distribue au Port S. Baul, & àu Port del’Ecole.
On appelle jurés Mesureurs de Charbon , certainsOfficiers de Ville établis fur les Ports & Places deParis, où fe vendent & débitent les Charbons , tantde bois que dé terre. Voyez Mesureurs.
Outre les Marchands de fer qui font a Paris lenégoce du Charbon de terre, il y a encore deux for-tes de Marchands qui sson mêlent, dont les uns Rap-pellent Marchands-Bourgeois, & les autres Mar-chands-Forains. Ceux-ci font les Marchands du de*hors, qui aussi-tôt leur marchandise vendue, s’en re-tournent chez eux en préparer de nouvelles voitu-res : les autres font résidons a la Ville, & y font lédétail du Charbon de terre, dont ils font chargerdans leS Provinces des bateaux, par leurs Commis-sionnaires , qui les leur envoyent a Paris.
La différence du commerce que font ces deux sor-tes de Marchands, Consiste en ce que les Marchands-Bourgeois ont la permission d’avoir chez eux desmagasins, & d’y faire transporter leur Charbon pourfy débiter ; & que les Marchands-Forains sont te-nus aussi-tôt après leur arrivée au Port S. Paul,óu de l’Ecole, de le mettre en vente incessamment,fans pouvoir le mettre a terre ou en faire dés en-trepôts. Aussi ces derniers ont-ils là préférence furles autres poils la vente dans les Ports, n’étant paspermis aux Marchands-Bourgeois d’éntamer leurs ba-Dittion. de Commerce. Tom. L
CHARBON. 856
teaux, & d’y exposer leur Charbon en vente, avantque celui des Forains ait été vendu ; ce qui pour-tant ne s’entend que loríqu’il y a assez de marchan-dise foraine pour la provision de la Ville.
Un Règlement général pour les uns & les autres,ordonne que quand le prix aura été mis au Charbonau commencement de la vente, il ne pourra être aug-menté ; & que si dans le cours de la distribution, leMarchand en fait rabais, il fera tenu de continuerla vente au dernier & moindre prix.
Le Charbon de terre venant des Pais étrangers, payeles droits d’entrée en France fur le pied de 30 fols lebaril,suivant t Arrêt du 3 Juillet 1692 ; <éf celui qur,vient du dedans du Royaume , 6 deniers du baril, 1 2fols du sac , ou banne . chargé un char ; & y fols lacharretée.
A h égard des droits de sortie , le cent de barils payé8 liv. ; & celui qui ejl en houille , la charre tée de cinqpoinçons deux tiers , 22 fols.
Par F Arrêt du Conseil du 6 Septembre 1701. con-cernant les marchandises du crû d’Angleterre , Ecos-se & Irlande , les droits d’entrée pour le charbon déterre venant de ces pals, font fixés a 30 fols le bariUconformément a l’Arrêt du 3 Juillet 1692. pour toutesces fortes de charbons venant des pals étrangers.
Le Charbon de terre venant de la Flandre & duHainaut, & entrant par les Provinces de Champa-gne & de Picardie, avoient été aussi compris danscette augmentation de droits établis par le mêmeArrêt du 3 juillet 1692. mais les Maîtres des for-ges de ces deux Provinces ayant représenté le grandpréjudice qu’ils en recevoient, Si M. par un der-nier Arrêt du 19 Juin 1703. ordonna, qu’a l’ave-nir il ne feroít payé pour droits d’entrée aux Bu-reaux de Picardie & de Champagne fur les Char-bons de terre venant de la Flandre & du Hainaut,que 10 sols par baril du poids de 300 livres, aulieu de 30 sols, portés par ledit Arrêt du 3 Juillet1692.
Charbon de Pierre.
Le Charbon de pierre, que quelques-uns confon-dent mal a propos avec le Charbon de terre , quoi-qu’ils n’ayent rien de commun , que leur qualité in-flammable , est une pierre minérale , sèche, & sul-fureuse , dont il fe trouve diverses carrières dans plu*sieurs Provinces de France , particulièrement dansle Nivernois & le Bourbonnois. C’est une efpécéde pierre-ponce noirâtre, mais plus compacte, moinsspongieuse, & beaucoup plus dure & plus pesantéque la véritable pierre ponce. O11 la débite ordi-nairement en gros morceaux, â peu près comme lestourbes de Hollande , mais d’une figure moins ré-gulière. Le feu de ce Charbon est vif, & dure as-sez long-tems; mais la vapeur en est maligne, &dune odeur infuportable à ceux qui n’y sont pointaccoutumés. On s’en sert presque a tous les usagesoù l’on employé le Charbon de bois & celui de terre;& le commercé en est considérable dans les lieux oùmanquent les deux autres fortes de Charbons.
Le bois étant devenu très rare & très cher k Parisén 1714. on y amena quelques bateaux dé ce Char-bon de pierre , qui fe débitèrent d’abord assez bienaux Ports de l’Ecole & de S. Paul ; le peuple y ayantcouru en foule ; & même plusieurs bonnes Maisonsen ayant voulu essayer dans les poêles & les chemi-nées des an ti-chambres ; mais la malignité de sesvapeurs , & son odeur de souphre en dégoûtèrentbien-tôt ; & la vente des premiers bateaux n’ayaiitpas réussi, les nouveaux Marchands de Charbon depierre cessèrent d’en faire venir pour la provision deParis. Ce Charbon fe vendoit en gros au quintal, &fe débitoit en détail a la livre.
f II y a quelque tems qu’on a découvert du Char-bon de pierre dans le voisinage de Lausanne enSuisse; on s’en sert dans les Salines, en place débois- N n z Les