919 CHEVAL.
chauds Merciers, & par les Marchands Epiciers. 11sert à rembourrer des meubles , a fabriquer des bou-tons, a faire des cordes, &c. Voyez. Crin.
Le Poil , lorsqu’il a été levé de dessus la peau parla préparation que lui donne le faneur, s’employe ,mêlé avec du poil, ou bourre de bœuf & de vache,à garnir des selles, des chaises , des fauteuils , Lcc.Voyez, Bourre.
La Corne préparée de différentes manières, sertaux ouvrages des Tabletiers-Peigniers, des Lune-tiers* & autres semblables Artisans. Voyez, Corne.
Enfin la Peau de Cheval , qu’on appelle aussi Cuirde Cheval , fe passe en coudrement, & fe tanne dela même maniéré que celle de la vache ; s’employantaussi aux mêmes ouvrages par les Selliers-Bourreliers.Voyez, Taner, à Pendroit où il est parlé des Cuirs deVaches & de Chevaux.
* Huile de Cheval. C’enestla graisse - fondue,&clarifiée, qu’on tire ordinairement du col & du ven-tre , qui font les parties les plus grasses & les plusoléagineuses de cet animal. C’est de cette Huile, ouGraillé, qui se fond par les Chiffonniers de Paris, quefe fervent les Emai Heurs pour entretenir le feu de leurlampe j & il n’y a qu’elle qui soit propre à ces fortesd’ouvrages, qui demandent un feu plus vif, plus clair& plus brillant que celui que donnent toutes les au-tres huiles. Elle fe débite a la pinte ou a la livre ,ôí ess a proportion aussi chère que la meilleure huiled’olive , quelquefois davantage, suivant la morta-lité des Chevaux qu’on jette a la voirie. Les Bou-caniers de S. Domingue n’uíent gué res non plus■d’autre huile pour brûler , & en font même un assezbon négoce a la Tortue, & aux autres Iles Antilles.Voyez. Email.
Cheval-marin. Animal amphibie qui fe trou-ve en plusieurs endroits de ía mer glaciale, particuliè-rement vers le Spitzberg.
On en trouve quantité fur les bords du Nil & duNiger; ceux qui vivent dans ce dernier fleuve fontbien plus grands & plus dangereux que ceux du Nil.II y en a aussi beaucoup dans quelques lies de laCôte d’Afrique, mais plus petits & même un peudifférais de figure.
Les Nègres de Guinée & d’Angola se nourrissentde leur chair, dont quelques Européens ne fontpoint non plus de difficulté de manger ; ils la trou-vent d’aíTez bon goût, sentant pourtant un peu lemarécage.
C’eíl rennemi le plus redoutable qu’ayent leshabitans de l’Egypte , & ceux qui comme eux vi-vent sous ce climat. Cet Animal, qui prend nais-sance dans l’Ethiopie , descendant par le Nil dansîa haute Egypte , porte le ravage dans tous les lieuxoù il fe jette. On ne sauroit croire combien il estdangereux, & pernicieux aux bièns de la terre, dé-solant les campagnes, & mangeant, par-tout où ilpasse, les épies de blé , sur-tout des blés de Tur-quie. II étouffe les hommes avec ses jambes, quifont fort grosses & fort courtes, & en boit seule-ment le sang. Ce qu’il y a de plus fâcheux , c’estqn’il a la peau épaisse de deux doigts, & qu’il estd’autant plus difficile a tuer, qu'il n’a qu’un très pe-tit endroit au front, où il puisse être blessé. LesNubiens disent qu’il a la voix terrible, & fait trem-bler la terre lors qu’il mugit. Des valets de cetteNation, que Mr. de Maillet avoir chez lui, lui de-mandèrent une somme très considérable , pour enfaire venir une peau , qui étoit a Sannar , & que qChameaux pouvoient a peine porter. Un hommedebout dans le ventre de cet Animal ne peut tou-cher avec la main le dos de la bête. II y a quelquesannées , dit notre Auteur , que proche de Damietteon en prit un, dont on conserve encore la peau. Onen apporte de Nubie au Caire, mais par tranches.Je ne comtois point l’animal qui lui est opposé , ékje ne pense pas qu’il soit connu en Egypte, où l’PIip-
C H E V A L. 920
popotame est d’ailleurs très rare. Je ne puis cepen-dant m’imaginer que la nature, qui dans tous les païsdu monde a pourvu aux besoins de chaque climat, &qui nulle part n’a produit le poison sans l’accompa-gner de son remède, ne lui ait pas fait naître un en-nemi.
II est bien différent du ÎValrus , a qui l’on a donnéaussi le nom de Cheval-marin , quoiqu’il ne soit quede l’espèce des poissons, & non pas de celle des am-phibies, dont celui-ci est le plus gros & le plus consi-dérable.
Quelques Auteurs, peut-être avec assez de raison,lui donnent le nom de Moifle ou de Bœuf- marin , soità cause de sa grosseur, soit pour ses deux grandesdents en forme de cornes; soit enfin pour la figurequ’il a, plus approchante du bœuf que du cheval,sur-tout pour l’encolure. Plusieurs de nos Françoisl’appellent Vache-marine.
Le cheval-marin a la tête grosse & ronde; de íamâchoire inférieure sortent deux grandes & longuesdents en forme de défenses , qui lui descendent bienbas au dessous des babines, ayant la pointe tournéevers la terre, & fe courbant un peu en arc ; les jeu-nes n’en ont point, mais aux vieux, elles font plusou moins fortes suivant l’âge, y en ayant qui sontlongues de plus de deux piés. Ces deux dents fontsi blanches , qu’elles íont plus estimées & plus chè-res que i’y voire. Elles font pesantes & presque soli-des d’un bout a l’autre, hors à la racine qu’elles fontun peu creuses ; on en fait toutes fortes d’ouvragesde tour, des manches de couteaux , & des dents ar-tificielles, en quoi ces dents font préférables a l’y-voire , tant a cause de leur dureté, que parce qu’ellesne jaunissent pas si aisément. Des autres dents, dontils ont la gueule bien remplie, les matelots en fontdes boutons, & presque tous les paysans du Jutlandne s’en fervent point d’autres.
Autour des babines, tant inférieures que supérieu-res , pendent plusieurs foies ou longs poils , quiétant creuses en dedans, & fe pliant aisément, fer-vent a faire des bagues qu’on estime souveraines pourla crampe, ce qui leur donne quelque prix parmi lesgens de mer.
Ils rejettent l’eau comme la Baleine, mais moinshaut & avec moins de bruit ; les évents destinés kcet usage, sont placés au-dessus de la barbe d’en-haut,& font tournés en demi-cercle.
Leurs piés, qu’ils ont très courts, íur-tout ceux dederrière, font armés chacun de cinq griffes médio- 'crement longues , qui sortent d’autant de doigtsqui font joints par une membrane assez semblable acelles des oies.
Le membre génital est osseux & dur, & de la mê-me nature que leurs dents j aussi en fait-on les mê-mes ouvrages de tour & de tabletterie.
Leur peau est rude & épaisse, & quelques-unscroyent que si elle étoit passée & préparée commecelle de i’Elan, on en pourroit faire d’excellenscuirs : la couleur du poil qui couvre cette peau, estaux uns couleur de souris, aux autres rouge; &a quelques-uns brune. U y en a qui n’ont pointde poil.
Lorsque ces animaux sont en grand nombre sur laglace, où ils vont ordinairement dormir & se repo-ser au soleil, & que les matelots les y veulent atta-quer , ils ont coutume de les réveiller par de grandscris, tenant cependant leurs chaloupes un peu éloi-gnées , crainte que ces animaux voulant fe précipiterdans la mer , ne sautent dans ces chaloupes & ne lesrenversent, comme il arrive souvent. C’est alors quele Cheval-marin fe jette a l’eau, que le harponeurprend son tems pour harponer, le coup étant plussûr a cause que la peau est plus tendre.
Tandis que les harponeurs des chaloupes font leurdevoir, d’autres matelots assomment fur la glace ceuxde ces animaux qui ont été les plus paresseux.
Le
1
1