957
C I N A.
Commerce du Cinabre à Amjlerdam.
II se vend k Amsterdam de deux sortes de Cina-bres , le Cinabre entier & le Cinabre broyé. Le Ci-nabre entier se vend ordinairement 46 sols fa livre. ,ôc le broyé depuis 48 jusqu’a 52 sols. La taré detous les deux se fait sur les barils ; f un Ôc l’autreont les déductions égales, c’est-à-dire 1 pour centpour le bon poids, 6c autant pour le promt paye-ment.
CINAMOME. Epicerie,qu’on nomme plus com-munément Canelle. Voyez. Canelle.
Les Anciens , qui distinguoient le Cinanome, dela Canelle, avec laquelie on le confond aujourd’hui,en saisoient de 5 sortes ; le Mosylitique, le Cina-mome de montagne , le Cinamome noir & branchu,un autre blanc 6c spongieux , 6c un cinquième, quiest le moins bon , dont la couleur est roussâtre, 6cl’odeur très forte. II y a aùssi un Cinamome bâtard,/qu’on appelle Zinziber , mais qui n’a point les pro-priétés du véritable.
Tous les Cinamomes croissent en petits arbris-seaux , qui d’une seule racine poussent six ou septverges. C’est l’écorce de ces verges, dont les pluslongues n’ont guéres qu’un demi-pied, qui est leCinamome.
Cette épicerie étoit autrefois d’une grande répu-tation , 6c réservée pour les Princes 6c Grands Sei-gneurs ; présentement on n’en connoit plus que lenom.
f D'ascaride ôc Galien , dé qui l’Auteur a tiréce qu’il vient de dire , ont été fort embarrassésfur l’histoire du Cinamome, que nous appelionsaujourd’hui Canelle , parce qu’ils ont ignoré favraye origine. Dioscoride croyoit que cet Aroma-te croissoit en Arabie ; 6c Pline, son contemporain ,pensoit que c étoit en Ethiopie : Cependant ce 11’estni dans l’un, ni dans l’autre de ces pais qu’on le trou-ve. Les Arabes l’aportoient autrefois de Ceylan kleur retour du voyage de Malacca, 6c aujourd’huicette nation est obligée d’acheter le Cinamome desHollandais, qui font les Maîtres de l’Iie d’où il vient;ce font les Arabes qui en font encore Commercepour en fournir a leurs voisins, les Abyssins 6c lesEthiopiens, a qui ils le vendent bien cher. Les An-ciens n’étoient point d’accord fur là plante qui pro-duisait le Cinamome ; tantôt c’étoit une herbe k unetige, semblable k celle de V Ellébore, ou du Damasoniom\tantôt un Arbrisseau, d’un pié , de deux piés, 6c detrois coudées de hauteur; 6c tantôt un Arbre qui jettebeaucoup de branches , de la grandeur de celuide VAgnus Cajìus. C’est ce qu’on peut voir dans Ga-lien , dans Pline, 6c dans Theophrajle , en remontant del’un k l’autre.
Si Dioscoride a distingué tant de sortes de cet aro-mate , fous deux genres, qu’il croyoit avec d’autres,être différens , qui font la Cajfe-ligneuse , ou la Ca-nelle des Anciens, 6c le Cinamome , ou la Canelled’aujourd’hui, c’est qu’il n’étoit point instruit, nonplus que les autres Ecrivains de son tems, qu’unmême arbre pouvoit donner toutes les écorces dif-férentes , qu’il renfermoit fous ces deux genres.Ce font les jeunes pousses de l’arbre Canelier, quidonnent le vrai Cinamome , tel que nous le rece-vons de nos jours, 6c les vieilles branches-font cel-les qui donnent la Case, qui est plus dure 6c ligneu-se , dont les Anciens faisoient usage, 6c que nousrejetions a présent. 11 est vrai, qu’il y a aussi d’au-tres fortes de Caneliers, 6c une espèce entr’autres,qui donne de la Case , que les Anciens , fans doute ,recevoient des Arabes , 6c dont ils faisoient usage;mais ils font tous du même genre.
On ne doit absolument point douter , commequelques-uns font, 6c comme il paroit qu’a faitl'Auteur de l’Article que nous examinons, qu’on ne
CINAMOME. 958
fût en état de trouver encore toutes les fortes deCase-ligneu.se ôc de Cinamome dont Dioscoride 6c lesautres Anciens ont fait mention, si l’ufage qu onen faifoit autrefois, revenoit encore de nos jours.Comme le tems change toutes choses , les circons-tances qui exigeoient d’avoir alors toutes les espècesde cet aromate, ne font plus aujourd’hui les mê-mes. Tout est plus connu à présent. Nous possé-dons mieux la Géographie, la Navigation, le Com-merce , la Botanique, i’Histoire naturelle, 6c celledes drogues, 6c par conséquent, tout est plus aisé *6c moins rare a trouver. Les Anciens étoient pri-vés de tous ces avantages'. II leur ccutcit beaucouppour obtenir les meilleures choses, qui viennentde loin , 6c dont nous jouissons a présent k peu defraix.
Le Cinanome, qui est donc la Canelle d’aujour-d’hui , qui ne vient, comme il a toujours sait, qued’un seul endroit des Indes , 6c seulement des jeunesbranches de l’arbre qui le porte , étoit beaucoupplus rare 6cplus précieux dans les anciens tems; iesgrands Seigneurs d’alors, qui le recherchoient, 6cle retenoient en le conservant dans des tonneaux *pour leurs usages les plus somptueux, le rendoient en-core plus cher, 6c d’un prix au-dessus de la por-tée du commun. C est ce qui donneit lieu de séservir souvent des différentes espèces de Cajse-ligneu-/<?, qui étoient les moindres Cane les, parce qu’elle é-toit plus commune dans ies lieux des Indes, où ellecroissoit , 6c qu’elle étoit moins recherchée desPrinces.
Aujourd’hui que les circonstances font changées,6c devenues plus favorables pour avoir la meilleureCanelle, qui est le vrai Cinamome, ce dont nosBotanistes modernes les plus habiles, font convain-cus, nous pouvons dire le contraire des Anciens,que nous la connoissons beaucoup mieux que la Casseligneuse qu’on apportoit si communément autrefois.Les Hollandois ont foin de faire toujours trier laCasse, dans leurs magasins de Colombo k i’Ile deCeylan , lorsque par accident ou par m égard e, ils’en trouve de mêlée avec la bonne Canelle ensuitede la récolté. Ce triage se fait en présence de plu-sieurs personnes, établies fous serment pour cela;lesquelles veillent k ce que les ouvriers, ou autres,n’en glissent k l’écart pour en faire du profit. CetteCanelle de rebut, ou Casse, qui est la plus grossière*la plus épaisse 6c la plus astringente , parce qu’ellevient de quelques branches de Canelier un peu tropvieilles, que les écorceurs ou sépareurs de Canelleont dépouillées mal a propos, est toujours brû-lée avec foin , fous les yeux des surveilians, 6cautres Officiers Inspecteurs de la Canelle. Orcelle qu’on brûle, n’est autre chose qu’une es-pèce de celle que les anciens appelloient Cassalignea. D’où nous devons conclure , que nousla voyons plus rarement , 6c que nous la con-noissons moins que le Cinamome, comme je l’aidéja insinué.
Comme on a trouvé la méthode d’avoir fur leslieux suffisamment de Cinamome, ou bonne Ca-nelle , c’est ce qui fait qu’on l’a k beaucoup meil-leur prix que les Anciens n’avoient la. Casse-li-gneufe. Voyez Cajsa-Lignea. II paroit, par ce qu’adit Dioscoride , fur les différentes sortes de Cinamo-me , que fa meilleure espèce n’étoit pas si bonne en-core que nôtre meilleure Canelle. Car dans ses in-dices des différentes espèces , il ne parle que dénœuds , de bosses, de bois , de branches , de cou-leur de vin, 6c même de goût acre. Toutes ceschoies ne se trouvent qu’aux bâtons de canelle laplus grossière, qui soit dans l’Ile de Ceylan. LaCasse ligneuse même qu’on nous aporte aujourd’hui,n’est pas si grossière. Cela fait voir qu’autrefois 6cdu tems de Dioscoride , on n’avoit pas trouvé, com-me on fait k présent, la méthode de multiplier les